‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 1 sur 194 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

^ UELQUES persojincs ont prîtciulu que j'avais attajPj que un défaut beaucoup trop rare pour devenir le ^^^><;<^ sujet d'une comédie. Peut-être qu'en y réfléchissant davantage, elles se seraient convaincues du contraire.

Dans l'enfance des sociétés, les agrémens physiques sont les seuls qui nous attirent vers l'autre sexe. Tout entier au travail, qui lui procure l'existence, l'homme n'a ni le temps de cultiver les taiens de l'esprit, ni même l'idée des jouissances qu'ils peuvent donner. Mais lorsque la civilisation a fait des progrès, et que l'éducation s'est perfectionnée, la jeunesse et la beauté ne sont plus des titres exclusifs à nos hommages : les qualités morales sont plus appréciées, l'esprit plus goûté, et l'art de causer devient presque l'art de plaire.

C'est alors que les mères peuvent rivaliser avec leurs filles ; et comme la coquetterie est innée chez les femmes, du moment oh elles en ont le pouvoir, elles doivent en avoir la prétention.

Le vers tant cité de la Métromanie :

Les personnes d'esprit sont-elles jamais laides?

devait être fait dans le dix-huitième siècle : il est encore plus vrai dans le nôtre. Chez les Turcs, il ne serait pas compris; il ne l'eût pas été chez la plupart des peuples anciens.

Sous le règne de Louis XIV, les Mères rivales devaient être moins com?nunes que de nos jours. Ce travers alors n'existait guère que chez les grands; la bourgeoisie n'avait point de salons. Mais, à mesure que l'instruction et le luxe ont été plus répandus, et que, pour me servir de l'expression de l'un de nos plus spirituels critiques, la société est arrivée à un état de corruption élégante, ce défaut a du se multiplier.

Il est très ordinaire à l'époque on nous vivons. Ottoique jeune encore, j'en ai vu de nombreux exemples ; et depuis que cette comédie a été représentée, on m'a raconté une foule d'anecdotes dont j'aurais pu tirer parti, si je les eusse connues plus tôt. Plusieurs personnes ont pensé que j'avais dessiné d'après nature. On est venu me demander à moi-même, si je n'avais pas fait allusion à certaine grande dame, qu'on ne m'a pas 7iommée, et qui, comme M'"" Dorval, est mauvaise mère et dame de charité. Je saisis cette occasion, pour déclarer que je n'ai jamais eu personne en vue, et que le portrait que j'ai tracé est sans aucune application.

Je ne finirai point cet avant-propos sans payer ma dette aux acteurs qui ont joué dans ma pièce. Bien qu'aucune des personnes que l'on est convenu d'appeler exclusivement les grands talens, n'ait eu de rôle dans cet ouvrage, il a été représenté avec un ensemble extrêmement remarquable, et la Mère

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