‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 104 sur 194 · ACTE IV, SCÈNE V l · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE V l

En général, je suis matinale, au contraire; C'est une exception. Tenez, presque toujours Je me lève à midi. Mais, depuis quelques jours, Je ne me sens pas bien; demandez à ma mère.

MADAME DUPRÉ, viveiIlCH t .

C'est vrai.

MONSIEUR DUPRÉ, ironiqucniciii.

J'avais donc tort de t'accuser, ma chère. Tu te lèves toujours à midi? c'est charmant! Permets que je t'en fasse ici mon compliment.

LAU RE, à part.

Je crois, en vérité, que mon père me raille.

MONSIEUR DUPRÉ

Il est vrai que depuis six heures je travaille; Mais moi, c'est différent, je suis fait pour cela. Puis-je espérer, du moins, que Laure m'apprendra Quelle est la maladie imprévue et soudaine?...

LAURE

C'est qu'aujourd'hui je suis dans mon jour de migraine.

MONSIEUR DUPRÉ

La migraine!!... comment! ai-je bien entendu? La migraine chez moi! !... Je suis tout confondu... Ma fille, écoutez bien, et qu'il vous en souvienne : Chez moi, je n'entends pas que l'on ait la migraine... 11 ne tiendrait qu'à moi d'en avoir une aussi ! Mais, diantre! on n'acquiert pas de la fortune ainsi; Toute mince qu'elle est, je n'aurais pas la mienne. Si je m'étais permis, comme vous, la migraine.

LAURE, avec humeur et ciiibarras.

Vous me traitez bien mal, mon père, en vérité.

184 l'éducation ou les deux cousines

MADAME D u P R É , 5l' prccipitiiiit vcrs SU fillc ct V cinlriissant , Chère enfant !

A son mari.

Ah! monsieur, c'est de la dureté!

MONSIEUR DUPRÉ

Q^ue de mes actions vous jugez bien la cause! Mais laissons ce chapitre, et parlons d'autre chose. Mesdames, veuillez bien m'écouter un instant, Je vais vous faire part d'un objet important.

MADAME DU PRÉ

D'un objet important! que dites-vous?

Sans doute; 11 s'agit d'un mari.

Pour moi, mon père?

MONSIEUR DUPRÉ

Écoute.

Le père de Duval me quitte en ce moment; Il faut, avec son fils, en finir promptement.

LAURE, à part.

Dieu! qu'entends-je?

MONSIEUR DUPRÉ

Je tiens à faire une alliance, Dont le projet existe avant votre naissance. Mon vieil ami, sous peu, devant quitter Paris, Dès demain tu seras l'épouse de son fils.

LAURE, se jetant aux pieds de son père. O mon père, je dois à vos bontés touchantes

Page 1