ACTE IV, SCÈNE V
Eh bien! ce sacrifice affreux qu'elle s'impose, Son éducation en est encor la cause.
MADAME D U P R É
Son éducation! quittez donc ce refrain!
MONSIEUR DUPRÉ
Tenez! son avenir à mes yeux est certain. L'amant aimé, l'amant de son choix, de son âge, Elle l'a dédaigné! mais ceux de qui l'hommage Peut flatter son orgueil, et non pas son amour, Elle sera par eux dédaignée à son tour.
DADAME DUPRÉ.
Oui, vous parlez très bien, pourtant votre éloquence Portait à faux. Quelqu'un d'une fortune immense Rend justement des soins à ma fille aujourd'hui.
MONSIEUR DU PRÉ, à /a/;.
Nous y voilà !
MADAME DUPRÉ
J'allais vous dire un mot de lui.
MONSIEUR DUPRÉ
Il est, me dites-vous?...
MADAME DUPRÉ
D'une grande famille.
MONSIEUR DUPRÉ
Je suis son serviteur, il n'aura point ma fille. Je ne veux pas un jour l'exposer à songer Q^u'en devenant mon gendre, il a pu déroger.
M A DAME DUPRÉ
Mais la fierté jamais n'est entrée en son àmc; C'est l'homme le plus doux...
i88 l'éducation ou les deux cousines
MONSIEUR DUPRÉ
Écoutez-moi, ma femme; Car, je vais vous parler ici sans passion. En mariage, moi, j'ai pour opinion Qu'il ne faudrait jamais ni monter ni descendre; Bourgeois, je veux avoir un bourgeois pour mon gendre.
MADAME DUPRÉ
S'il a des qualités, monsieur, et des vertus, Son rang ne peut pas être un motif de refus.
MONSIEUR DUPRÉ
Mais cet homme, pour qui vous montrez tant de zèle, A-t-il fait de sa main la demande formelle?
MADAME DUPRÉ
Non pas précisément encor.
MONSIEUR DUPRÉ
Que dites-vous?
MADAME DUPRÉ
Depuis six mois, il vient assidûment chez nous; Tous les matins, ils font de la musique ensemble; Il compose des vers pour ma fille! il me semble Que cela doit s'entendre. Et d'ailleurs, hier matin, D'une riche héritière il refusa la main.
MONSIEUR DUPRÉ
Comment! il ne s'est point expliqué davantage?
Que voulez-vous de plus?
MONSIEUR DUPRÉ
Mais c'est qu'il est d'usage Que l'on parle, madame, un peu plus clairement.