ACTE V, SCÈNE I
Bien qu'elle m'eût quitté, je la voyais toujours!
L'imagination venant à mon secours,
Et de mille vertus décorant son image,
Absente, je l'aimais chaque jour davantage.
Il vint enfin, le temps marqué pour son retour,
Temps heureux! qui devait la rendre à mon amour.
Vous avez pu juger de mon impatience;
Vous savez si mon âme en tressaillit d'avance!
Elle vint : je la vis avec tranquillité,
Mon cœur, à son aspect, fut à peine agité.
Je ne lui trouvai point cette douceur charmante.
Dont je l'embellissais, quand elle était absente.
Loin de là, chaque fois que je l'observais mieux,
Elle perdait toujours quelque charme à mes yeux.
Du moment où je fus avec elle sans cesse,
Je sentis par degrés s'affaiblir ma tendresse,
Je sentis en un mot que je l'estimais moins.
Elle avait cependant mon hommage et mes soins.
Et mon cœur s'obstinait à ne pas la connaître.
Mais à force de voir tous les jours disparaître
Un de ses agréments, une de ses vertus.
Je m'aperçus enfin que je ne l'aimais plus.
CLAIRE, à part, avec senti meut.
Ah! je sens que mon âme à l'espoir s'est ouverte.
Ce n'est pas tout; j'ai fait une autre découverte Peut-être vous aurez peine à me concevoir, J'aimais un autre objet sans m'en apercevoir.
CLAIRE
O ciel! que dites-vous?
DU VAL FILS
Une femme charmante, Dans l'absence de Laure, était ma confidente. De souvenirs amers quand j'étais accablé, Je lui disais ma peine, et j'étais consolé. Tant qu'une passion, que je croyais réelle, Occupa mon esprit, je fus distrait près d'elle; Sans les apprécier, je voyais tant d'appas. Je sentais ses vertus, je ne les jugeais pas. Mais lorsque, revenu de mon erreur extrême. J'eus le temps de porter mes regards sur moi-même; Lorsque je me sus libre enfin, et que mes yeux Dessillés à jamais, purent l'observer mieux; Combien, en cet instant, mon âme fut émue! Et que je m'étonnai de l'avoir méconnue! En la voyant de près, en la voyant toujours, Dans ses yeux, dans son air, dans ses moindres discours, J'apercevais sans cesse une grâce nouvelle; Et par degrés enfin, je découvrais en elle Ces charmes qui, naguère, à mes yeux éblouis, Dans Laure, par degrés, s'étaient évanouis. Du moment où mon cœur la connut tout entière, Elle reproduisit cet être imaginaire, Q^ue j'avais poursuivi, dont j'étais enchanté; Ma chimère devint une réalité!
Ce qui m'avait séduit, c'était une personne Brillante de vertus, douce, modeste et bonne; Je ne m'étais trompé que de nom, je croyais Aimer votre cousine, et c'est vous que j'aimais.
CLAIRE, ai'Ci transport.
Est-ce une illusion mensongère, trompeuse!... Duval!... il m'aimerait!... je serais trop heureuse!...