‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 13 sur 194 · ACTE I, SCÈNE Vil · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE Vil

Aux bénédictions de la foule attendrie!...

Chez nous, on ne fait rien qu'avec intention,

lit nous donnons un but à la moindre action.

Par exemple. Comtois, tu t'étonnes peut-être

Que, sans même avoir eu le temps de te connaître,

Madame t'ait chargé d'aller faire ses dons?

Car c'est une faveur : de telles missions

Sont pour les serviteurs qu'on aime, qu'on estime;

On t'a choisi pourtant; mais c'est un trait sublime!

Tiens! en veux-tu savoir la raison?

COMTOIS

Oui, pourquoi ?

C'est que de la maison le plus bavard... c'est toi.

COMTOIS, s'iudinant profoudciucnt.

Je n'ai jamais été prodigue de louange, Lisette; mais, d'honneur, vous peignez comme un ange; Et tous ceux qui voudront des portraits ressemblans, Je les envoie ici : les vôtres sont frappans.

L ISETTE.

Ah! vous comprenez donc, monsieur l'homme capable, Que vous avez eu tort?

COMTOIS, d'un air rêveur.

Cela n'est pas croyable!

De pareils procédés me confondent vraiment.

LISETTE

Mais je m'étonne, moi, de ton étonnement. Cette conduite-là n'est pas inexplicable : Madame est beaucoup plus frivole que coupable. C'est par degrés. Comtois, c'est insensiblement Qu'en elle s'est éteint le plus doux sentiment.

Je vais te raconter son histoire; et peut-être Quelques femmes du jour pourraient s'y reconnaître. Aux dons de la fortune ayant eu peu de part, Madame pour époux prit un riche vieillard, Cacochyme, goutteux, et qui, selon l'usage, Un beau jour la fit veuve à la fleur de son âge, Lui laissant, pour- remède à ses chagrins cuisans, Une grande fortune et deux jeunes enfans.

COMTOIS

C'est plus qu'il n'en fallait, je crois, pour la distraire.

Madame avait bon cœur; mais elle était légère. Elle aimait ses enfans, il faut en convenir; Mais elle aimait encor un peu plus le plaisir. Dans la société Madame était goûtée.

Et par le tourbillon bientôt fut emportée.

COMTOIS, iiialicicusaiieiit.

Et ses enfans ?

LISETTE

Le monde était-il un séjour Convenable pour eux? elle place un beau jour, Pour s'affranchir d'un joug qui certes n'est pas mince, Son fils en pension, et sa fille en province. Elle se livre alors, avec sécurité, A ces plaisirs bruyans dont son cœur est flatté.

COMTOIS

Et ses enfans?

L ISETTE.

D'abord, quelque temps on y pense.

L'éloigncment bientôt produit rindiffcrcnce;

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