ACTE II, SCÈNE II
Un pavillon masqué d'une longue avenue.
Un spectacle enchanteur s'offre alors à ma vue.
Mes regards sont fixés sur de jeunes enfans
En silence occupés de travaux différens.
Leur douceur me séduit; ce sont de jeunes filles
Qu'assiégeait le besoin au sein de leurs familles.
Une femme, que dis-je? un ange de bonté
Eut pitié de leur âge et de leur pauvreté.
Depuis qu'elle a chez elle accueilli leur misère.
Elle a pour ces enfans tous les soins d'une mère;
Dirige leurs travaux, et partage leurs jeux.
Long-temps, sans être vus, nous les suivons des yeux.
Un mouvement léger de mon aimable guide
Trahit notre présence, et leur foule timide
A ses pieds aussitôt s'élance en même temps.
Et la presse à l'envi de ses bras caressans.
J'étais tout attendri d'une scène si belle,
Quand, se tournant vers moi : « Vous voyez, me dit-elle,
Que de me plaire ici j'ai trouvé le moyen?
On s'amuse partout quand on y fait du bien. »
GERMON
Que ce trait est touchant!
LA COMTESSE
Le charmant caractère!
LA MARQUISE
Que cette femme-là doit être bonne mère!
Madame Do r val fait un viouvaueut .
Vous avez dit, Monsieur, que nous la connaissions.
BELCO u R.
Beaucoup; mais je ne puis vous la nommer.
40 LAMÈRERIVALE
LA COMTESSE
Allons!
Vous riez.
Impossible!
LA COMTESSE
A quoi bon ce mystère ?
Je veux savoir...
BELCOU R.
Oh! non, j'ai promis de me taire.
Moi, je ne puis parler sans indiscrétion; Mais Madame a le droit de vous dire son nom.
LA COMTESSE et LA M AKC^V \s^ , ensemble â iiiadaiih'. Dori'al. Quoi ! Madame!...
MADAME DORVAL, joiiaiit F embarras.
Pourquoi me mettez-vous en scène ?
C'est, vous le savez bien, me faire de la peine.
BELCOU R.
Vous m'accusez à tort. Q^uand je cite un beau trait, Est-ce ma faute, à moi, si l'on vous reconnaît?
MADAME DORVAL
Monsieur, je vous en veux; pourquoi sur ma conduite Appeler les regards, lorsque je les évite?
LA MARQU ISE.
Madame a bien raison. Oui, la publicité
Gâte le bien qu'on fait, c'est une vérité.
Trop souvent l'amour-propre est ce qui nous dirige.
Quant à moi, c'est toujours en secret que j'oblige;
Et je défîrais bien les plus fins, sur ma foi,