SCÈ^E XI FLORINE, BABET
BABET, à part.
Ah ! courons consoler cette chère enfant-là ;
Elle en a grand besoin! et quand elle saura
Que Duval, pour une autre, aujourd'hui l'abandonne.
II m'en charge pourtant; quelle message il me donne!
Elle sort.
202 l'éducation OU tlS DlUX COUSINES
DUVAL FILS
Ah! détrompez-vous bien, je ne suis pas à plaindre.
CLAIRE
Avec moi, pourquoi donc essayez-vous de feindre?
DUVAL FILS
Claire, écoutez, je vais vous étonner, je croi, J'ai beaucoup observé ce qui se passe en moi. Et je vois maintenant que je n'aime pas Laure.
CLAIRE
Allons, vous plaisantez.
DUVAL FILS
Je dirai plus encore, Dussiez-vous m*accuser de démentir les faits, Cest que réellement je ne Taimai jamais.
Elle fait un inouvcvient.
Ce discours, je le sens, a droit de vous surprendre;
Mais ne me jugez pas, Claire, avant de m'entendre.
Amis dès le berceau, près de nos bons parents.
Elle et moi, nous avons passé nos premiers ans.
De nous unir un jour ils avaient Tespérance;
Et nous, jeunes, naïfs et pleins de confiance.
Nous aimions, destinés à devenir époux,
A répéter des noms qui nous semblaient si doux.
Sous les yeux d'une mère, ainsi notre tendresse
Croissait avec le terhps, nous occupait sans cesse;
Ce sentiment bientôt de nos cœurs s'empara!
Ce fut en ce moment que l'on nous sépara.
Je ne vous peindrai point mes chagrins; son absence
Me fit, pendant long-temps, sentir un vide immense.