‹ Théatre (volume 3)Chapitre 20 sur 184 · ACTE II, SCÈNE M · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE M

Un pavillon masqué d*une longue avenue.

Un spectacle enchanteur s'offre alors à ma vue.

Mes regards sont fixés sur de jeunes enfans

En silence occupés de travaux différens.

Leur douceur me séduit; ce sont de jeunes filles

Qu'assiégeait le besoin au sein de leurs familles.

Une femme, que dis-je? un ange de bonté

Eut pitié de leur âge et de leur pauvreté.

Depuis qu'elle a chez elle accueilli leur misère.

Elle a pour ces enfans tous les soins d'une mère;

Dirige leurs travaux, et partage leurs jeux.

Long-temps, sans être vus, nous les suivons des yeux.

Un mouvement léger de mon aimable guide

Trahit notre présence, et leur foule timide

A ses pieds aussitôt s'élance en même temps,

Et la presse à l'envi de ses bras caressans.

J'étais tout attendri d'une scène si belle.

Quand, se tournant vers moi : « Vous voyez, me dit-elle,

Que de me plaire ici j'ai trouvé le moyen ?

On s'amuse partout quand on y fait du bien. »

GERMON

Que ce trait est touchant!

LA COMTESSE

Le charmant caractère!

LA MARQUISE

Que cette femme-là doit être bonne mère I

Madame Dorvaî fait un mouvement.

Vous avez dit, Monsieur, que nous la connaissions.

BELCOUR

Beaucoup; mais je ne puis vous la nommer.

LA COMTESSE

Allons!

Vous riez.

BELCOUR

Impossible!

LA COMTESSE

A quoi bon ce mystère ?

Je veux savoir...

BELCOUR

Oh! non, j'ai promis de me taire.

Moi, je ne puis parler sans indiscrétion; Mais Madame a le droit de vous dire son nom.

LA COMTESSE et LA M A KCiUïSi, ensemble à madame Dori'aï. Quoi! Madame!...

MADAME DORVAL, jouant V embarras.

Pourquoi me mettez-vous en scène ?

C'est, vous le savez bien, me faire de la peine.

BELCOUR

Vous m'accusez à tort. Quand je cite un beau trait, Est-ce ma faute, à moi, si l'on vous reconnaît?

MADAME DORVAL

Monsieur, je vous en veux; pourquoi sur ma conduite Appeler les regards, lorsque je les évite?

LA MARQUISE

Madame a bien raison. Oui, la publicité

Gâte le bien qu'on fait, c'est une vérité.

Trop souvent l'amour-propre est ce qui nous dirige.

Quant à moi, c'est toujours en secret que j'oblige;

Et je défîrais bien les plus fins, sur ma foi.

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