ACTE III, SCÈNE X \Jl
Ce que dernièrement vous m'écriviez encore Au sujet d'Amédée. Aussi Tavez-vous mis Dans Tun des plus brillants collèges de Paris.
MONSIEUR DUPRÉ
Sans doute; mais, madame, un père de famille Doit élever son fils autrement que sa fille.
La différence est grande, et cela se conçoit; L'homme fait son état, la femme le reçoit.
MADAME DUPRÉ
Ainsi, coudre et filer, s'occuper du ménage.
Si je vous ai compris, voilà notre partage; Les arts seront pour vous.
MONSIEUR DUPRÉ
Vous ne m'entendez point; Je ne suis point injuste et barbare à ce point. Ce sont les arts qui font le charme de la vie. Et par eux une femme est toujours embellie.
Votre sexe avec nous peut bien les partager; Rien d'aimable ne doit lui rester étranger; H est doux de trouver dans une épouse chère Des arts consolateurs qui sachent nous distraire. De pouvoir, sans quitter son modeste séjour.
Se reposer le soir des fatigues du jour.
Ayez donc des talents! Mais il est nécessaire Qu'on en fasse un plaisir, et non pas une affaire. Chacun veut aujourd'hui briller, voilà le mal ! Ce vice est parmi nous devenu général; Il est dans tous les rangs. Le marchand le plus mince Élève ses enfants comme des fils de prince; Sa fille, qu'en tous lieux il se plaît à vanter. N'entend rien au ménage, et ne sait pas compter;
En revanche elle fait des vers, de la musique, Et Ton trouve un piano... dans rarrière boutique. Mais je veux maintenant traiter un autre objet. J'ai besoin de parler de Taccueil qu'on a fait A ce brave Duval.
DUVAL PÈRE, S* avançant d*un air de triomphe. Ah!
monsieur dupré.
Savez-vous, madame.
Que vous l'avez blessé jusques au fond de l'âme. Que vos torts sont affreux, et que, de mon côté, Dans mon vieux compagnon je me trouve insulté? Mais vous avez chez vous une brillante fête, Et sans doute déjà votre absence inquiète.
Il ne faut pas laisser soupçonner seulement Mon retour, et surtout mon mécontentement.
Bien que tous ces gens-là partagent vos folies. Ils sont chez moi! je veux que vous soyez polies; Allez les retrouver. Demain nous nous verrons, Et je vous ferai part de mes intentions.
Madame Dupré s* éloigne; monsieur Duval va la prendre par la main, et la ramène,
DUVAL père.
Un moment. Moi, je vais vous parler pour mon compte.
MONSIEUR D^UPRÉ.
Duval...
DU VAL vÈKEy à son ami.
Je n'y tiens plus.
A madame Dupré,
N'avez-vous pas de honte.
A quarante-cinq ans, de vous conduire ainsi ?