‹ Théatre (volume 3)Chapitre 97 sur 184 · ACTE IV, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE V

En général, je suis matinale, au contraire; C'est une exception. Tenez, presque toujours Je me lève à midi. Mais, depuis quelques jours, Je ne me sens pas bien; demandez à ma mère.

MADAME DU PRÉ, vivement.

C'est vrai.

MONSIEUR DUPRÉ, ironiquement.

J'avais donc tort de t'accuser, ma chère.

Tu te lèves toujours à midi? c'est charmant!

Permets que je t'en fasse ici mon compliment.

LAURE, à part.

Je crois, en vérité, que mon père me raille.

MONSIEUR DUPRÉ

Il est vrai que depuis six heures je travaille; Mais moi, c'est différent, je suis fait pour cela. Puis-je espérer, du moins, que Laure m'apprendra Quelle est la maladie imprévue et soudaine?...

LAURE

C'est qu'aujourd'hui je suis dans mon jour de migraine.

La migraine!!... comment! ai-je bien entendu? La migraine chez moi!!... Je suis tout confondu... Ma fille, écoutez bien, et qu'il vous en souvienne : Chez moi, je n'entends pas que l'on ait la migraine... Il ne tiendrait qu'à moi d'en avoir une aussi! Mais, diantre! on n'acquiert pas de la fortune ainsi; Toute mince qu'elle est, je n'aurais pas la mienne. Si je m'étais permis, comme vous, la migraine.

LAURE, avec humeur et embarras.

Vous me traitez bien mal, mon père, en vérité.

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MADAME DUPRÉ

Devant ma fille! ô ciel! ces accusations...

monsieur DUPRÉ.

Je rends pleine justice à vos intentions.

Oui, madame, je sais combien vous êtes bonne.

Je dirai plus, ici je ne trouve personne

Qui ne soit, comme vous, délicat, généreux.

Eh! bien, un seul travers nous rend tous malheureux.

Mais ce travers enfin, cette erreur, quelle est-elle?

MONSIEUR DUPRÉ

Laure aimait autrefois la maison paternelle;

En de plus heureux temps, ce modeste séjour

Suffisait à ses vœux. Mais depuis son retour,

L'ambition, Torgueil tourmentent sa pensée,

Et ma fille, chez moi, se trouve déplacée.

Que dis-je? elle rougit de sa condition!

Quel en est le motif? son éducation.

Mais j'ai, dans ce moment, madame, contre Laure

Un grief plus puissant, plus sérieux encore.

Je la vois repousser Tespoir que j'ai nourri

De lui donner le fils de Duval pour mari?

Cet hymen aurait fait son bonheur et le nôtre;

Duval le désirait; nous comptions Tun et l'autre,

Par ce plan, dans lequel vous étiez de moitié,

Resserrer les liens d'une vieille amitié.

Mais non! son fils n'a plus l'affection de Laure.

Que dis-je? je suis sûr qu'il la possède encore.

Oui, dans le fond du cœur elle chérit Duval;

Mais peut-elle en vouloir? il n'est que son égal.

ACTï IV, SCÈNE V 187

Eh bien ! ce sacrifice affreux qu'elle s'impose, Son éducation en est encor la cause.

MADAME DUPRÉ

Son éducation! quittez donc ce refrain!

MONSIEUR DUPRÉ

Tenez! son avenir à mes yeux est certain.

L'amant aimé. Tamani de son choix, de son âge. Elle Ta dédaigné! mais cei^x de qui l'hommage Peut flatter son orgueil, et non pas son amour. Elle sera par eux dédaignée à son tour.

DADAME DUPRÉ.

Oui, vous parlez très bien, pourtant votre éloquence Portait à faux. Quelqu'un d'une fortune immense Rend justement des soins à ma fille aujourd'hui.

MONSIEUR DUPRÉ, à part.

Nous y voilà !

MADAME DUPRÉ

J'allais vous dire un mot de lui.

MONSIEUR DUPRÉ

Il est, me dites-vous?...

MADAME DUPRÉ

D'une grande famille.

Je suis son serviteur, il n'aura point ma fille. Je ne veux pas un jour l'exposer à songer Qu'en devenant mon gendre, il a pu déroger.

MADAME DUPRÉ

Mais la fierté jamais n'est entrée en son âme; C'est l'homme le plus doux...

i88 l'éducation ou les deux cousines

MONSIEUR DUPRÉ

Écoutez-moi, ma femme; Car, je vais vous parler ici sans passion.

En mariage, moi, j'ai pour opinion Qu'il ne faudrait jamais ni monter ni descendre; Bourgeois, je veux avoir un bourgeois pour mon gendre.

MADAME DUPRÉ

S'il a des qualités, monsieur, et des vertus. Son rang ne peut pas être un motif de refus.

MONSIEUR DUPRÉ

Mais cet homme, pour qui vous montrez tant de zèle, A-t-il fait de sa main la demande formelle?

MADAME DUPRÉ

Non pas précisément encor.

monsieur DUPRÉ.

Que dites-vous?

Depuis six mois, il vient assidûment chez nous; Tous les matins, ils font de la musique ensemble; 11 compose des vers pour ma fille! il me semble Que cela doit s'entendre. Et d'ailleurs, hier matin. D'une riche héritière il refusa la main.

monsieur DUPRÉ.

Comment! il ne s'est point expliqué davantage?

MADAME DUPRÉ

Que voulez-vous de plus?

MONSIEUR DUPRÉ

Mais c'est qu'il est d'usage Que l'on parle, madame, un peu plus clairement.

S'il n'a rien dit encore affirr

Je sais de bonne part qu'il en est à la ve

Lui parlant à Foreilh.

Il s'occupe déjà d'acheter la corbeille.

D'acheter la corbeille! ah! j'admire v Et votre bonhomie et votre aveuglement.

Ma femme, je n'ai point vos prétentions folles. Et ne me paîrai point de ces raisons frivoles. S'il ne s'explique pas aujourd'hui, dès ce soir, Demain vous voudrez bien ne plus le recevoir.

SCÈC^E VI

FLORINE, LAURE, ROSAMBERT, MONSIEUR DUPRE, MADADE DUPRÉ.

FLORINE, entrant brusquement. Monsieur de Rosambertl

ROSAMBEKT, entrant, à Laure, sans avoir l'air de voir Us autres personnages.

Eh! quoi, charmante Laure, En ces lieux se peut-il que vous soyez encore? Depuis une heure au moins mon landau vous attend.

LAURE, lui montrant monsieur Dnpré.

Monsieur, voici mon père; il arrive à l'instant.

190 l'éducation ou les deux cousines

ROSAMBERT, à part, après avoir salue.

Voilà, sur ma parole, un visage de père Qui ne rit pas souvent.

MONSIEUR DUPRÉ

Vous m'apprendrez, j'espère, Où vous comptez aller, mesdames?

MADAME DUPRÉ

Au concert.

MONSIEUR DUPRÉ

Encore!

MADAME DUPRÉ

Chez la sœur de monsieur Rosambert.

MONSIEUR DUPRÉ, 7fl regardant avec étonnement. La sœur!...

C'est de ma Laure une ancienne compagne, Qui, pendant les beaux jours, habite la campagne. Elle y donne une fête, et nous fait inviter; Il est bien naturel d'aller la visiter.

MONSIEUR DUPRÉ

Vous n'irez pas.

LAURE, à part, O ciel!

MADAME DUPRÉ

Monsieur, ma pauvre Laure A si peu d'agréments! Voudriez-vous encore Nous empêcher?...

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