ACTE I, SCÈNE VIII If
SÉRAPHINS, souriant.
Quelqu'un ? Ah I je sais, ma cousine.
Ainsi, décidément il nous viendra ce soir?
BÉATRIX
Et c'est moi qui serai la première à le voir. On le dit fort instruit, et pas du tout frivole.
SÉRAPHINE
Sans doute il est grandi, n'est-ce pas?
BÉATRIX
Es-tu folle ?
Lui, grandi?
Sûrement.
BÉATRIX
Quel rêve est donc le tien?
Je parle du vicaire.
SÉRAPHINE
Et moi, de Cyprien.
BÉATRIX
Comme chacun entend ce qu'il a dans la tète!
SÉRAPHINE
Le revoir, et surtout à présent, quelle fête!
BÉATRIX
Pourquoi donc à présent, Séraphine?
SÉRAPHINE
Je veux Qu'il soit auprès de moi quand je ferai mes vœux.
l6 LE PRESBYTÈRE
BÉATRIX
Quoi! des vœux, un couvent! toujours la même idée!
SÉRAPHINE
Oui, ma bonne cousine, oui, j'y suis décidée.
Quel chagrin cela cause à monsieur le curé!
SÉRAPHINE
C'est contre tous les maux un refuge assuré.
Ne voir que Dieu, n'aimer que Dieu dans la nature.
Est une chose, hélas! et si douce et si pure!
BÉATRIX, avec émotion .
Cesse de t'abuser : quand on se donne au ciel,
Apprends que l'existence est un combat cruel ;
Que le démon est là, qu'il guette sa victime.
Qu'il ne faut qu'un moment pour tomber dans l'abîme.
Alors, les pleurs, alors les sanglots, les hélas.
Les remords!
SÉRAPHINE, la regardant avec surprise.
Les remords!...
Souriant,
Non, je n'en aurai pas; Non, ma vocation est certaine, complète.
BÉATRIX
Eh bien donc! que de Dieu la volonté soit faite!
SÉRAPHINE
Mais j'oublie avec vous l'église et mon devoir;
Le second coup, je crois, vient de sonner : bonsoir.
Demi^nuit,