SOPHIE, MADAME FAGET
MADAME FAGET, avec pétulance.
Eh! que votre parrain dit vrai! ! ! Mariez-vous;
Uun ton sentimental.
Car, le premier des biens est d'avoir un époux. 11 me semble, et je puis vous le citer pour preuve,
Avec un ^ros soupir.
Que je n'existe pas depuis que je suis veuve !... Ahl si vous m'en croyez, fuyez le célibat; Être femme, être mère est un si doux état!
SOPHIE
Soit; mais il faut m'offirir quelqu'un qui me convienne.
3o6 LA FILLEULE OU LES DEUX AGES
MADAME FAGET
Parmi nos jeunes gens vous trouverez sans peine
Levant les yeux au ciel.
Celui que vous rêvez I... Ils sont tous engageants Joyeux, bien élevés, polis.
SOPHIE, vivement.
Nos jeunes gens?
Où donc aperçois-tu des jeunes gens, ma chère? Chacun d'eux n'est-il pas plus âgé que son père? Tous sont, dès le berceau, des hommes importants, Et, de nos jours, Faget, personne n'a vingt ans. Point d'élan, point de feu! Déjà, te le dirai-je? L'intérêt est leur Dieu sur les bancs du collège; Et, lorsque pour maris ils vont se proposer.
C'est toujours une dot qu'ils veulent épouser.
MADAME FAGET, mélancoliquement.
Comme vous les traitez!... Moi, je n'ai point, Sophie,
Contre les jeunes gens la même antipathie.
Je les aime au contraire, et mon cœur les défend;
Avec un gros soupir.
Un mari n'est jamais trop jeune, mon enfant.
SOPHIE, devenue rêveuse.
Puis... il est un aveu que je puis bien te faire : Ce que je vois ici, Faget, me rend sévère.
MADAME FAGET, étonnée.
Que voyez-vous?
SOPHIE, avec feu.
Quelqu'un, dont la douce bonté Se couvre et s'embellit des traits de la gaîté;