ACTE III, SCÈNE VI
SÉRAPHINE
Mon père, c'est le jour le plus beau de ma vie!
VINCENT
Dans vos yeux il m'est doux de lire le bonheur; Cependant, j'ai besoin de vous ouvrir mon cœur. Je vous porte à tous deux une amitié sincère : Tu ne l'ignores pas, je suis ton second père. Bon Cyprienl... Et toi, tu sais, depuis seize ans, Séraphine, quels sont pour toi mes sentimens; Jugez, d'après cela, de ma douleur amère.
Si le sort quelque jour vous devenait contraire. Eh bien! j'ai maintenant des doutes, de l'effroi. Votre vocation n'est pas claire pour moi.
Avez-vous bien compris les projets que vous faites?
SÉRAPHINE, avec ardeur.
Nous répondons de nous!
VINCENT
Imprudens que vous êtes!
Contre un pareil élan je dois vous prémunir; Craignez surtout, craignez d'engager l'avenir. La volonté de l'homme est mobile; peut-être
A Sérapinne.
La vôtre changera. Vous prétendez connaître Celle que vous aurez dans dix ans, vous et lui; Uun ton paternel,
Enfans, êtes-vous sûrs de celle d'aujourd'hui?... Pourquoi redoutez-vous, mon fils, et vous, ma fille. D'être époux quelque jour, d'avoir une famille? Aimer n'est pas un mal, il ne le fut jamais.
C'est un bien au contraire. Oubliez désormais
Un principe très faux dont vos cœurs s'inquiètent; Des imprudens Tont fait et des fous le répètent. *L*hymen, assure-t-on, est un état maudit; * Aux yeux du Créateur (des insensés l'ont dit) *Rien de plus méritant qu'être célibataire... On fait parler le Ciel pour mieux tromper la terre; Croyez-moi, prendre femme est la loi du Seigneur; Car Dieu, mes chers enfans, ordonne le bonheur.
SÉRAPHINE
L'ardeur qui nous entraîne est plus pure, plus sainte.
VINCENT
C'est cet entraînement qui fait toute ma crainte.
Leur prenant le bras.
Mes amis, écoutez, délibérons tous trois; Que je vous interroge une dernière fois!...
Vous avez... réfléchi?
CYPRIEN
Nous venons de le faire.
VINCENT
Vous êtes décidés, l'un pour le ministère.
L'autre pour le couvent?
CYPRIEN
Moi, je le suis.
VINCENT
Et vous, Séraphine, parlez?
SÉRAPHINE
C'est mon vœu le plus doux.
VINCENT
Vous savez qu'il s'agit de votre vie entière?
ACTB III, SCÈNE VII 8f
CYPRIEN
Je le sais.
SÉRAPHINS, avec âme.
Le bonheur est-il trqp long, mon père?
Je ne puis résister à des mots si touchans;
Que le Ciel vous, maintienne en de pareils penchans!
Appelant, Béatrixl Béatrixl
SCÈU^E Vil