ACTE V, SCÈNE VII I)f
Vous serez, mon enfant, plus malheureux encore.
Succombez-vous? alors c'est la séduction.
L'adultère, l'abus de la confession.
Des maris outragés répudiant leurs femmes.
Des procès scandaleux, des exemples infâmes!...
Ou, si vous avez peur de la publicité.
Si le lit du prochain est par vous respecté.
Dans votre intérieur vous vous donnez un maître
Qui vous tient, dont un mot vous fait trembler peut-être.
Et que vous ne pouvez, pour comble de douleur.
Ni chasser sans danger, ni garder sans malheur.
Changeant de ton.
Et d'un autre côté, mon fils, quelle est l'histoire Du prêtre qui sur lui remporte la victoire?
Sa bonté, s'il en a, s'altère avec le temps; Dans ce combat pénible et de tous les instans Qu'il soutient pour rester pur et célibataire, Il dessèche son cœur, aigrit son caractère.
Et tarit par degrés, en s'isolant de tous, La source des penchans affectueux et doux.
Et, pour preuve, voyez ceux dont le rigorisme Pousse la chasteté jusques au fanatisme; Ils sont intolérans, haineux, persécuteurs.
Ils sont tout à la fois vos bourreaux et les leurs.
CYPRIEN
Je reste anéanti... Quelle affreuse lumière
Vous jetez dans mon cœur ! . . . Mais cependant, mon père.
Vous êtes, en dépit de votre opinion.
Célibataire, prêtre, et votre cœur est bon !
Je puis vous ressembler.
VINCENT, à part.
Cet éloge m'accable.
Haut et avec humilité.
Il m'en coûte de faire un aveu... déplorable, Mais, dans ton intérêt, il doit m'être arraché :
Les yeux baissés.
Je vaux un peu, mon fils, parce que j'ai péché... Vous rougissez, hélas! des torts de ma jeunesse. Deux écueils opposés menaçaient ma faiblesse. Et je me suis brisé sur le moins dangereux.
Mes efforts, mon enfant, furent long-temps heureux. J'ai soutenu long-temps une lutte honorable; Mais n'importe, je fus coupable, très coupable, Et je ne prétends pas excuser mes erreurs.
Un seul motif pourrait adoucir mes douleurs, C'est qu'au moins je fus bon pour mon prochain que j'aime. Et n'eus jamais de tort qu'à l'égard de moi-même....
Observant Cyprien.
Mais, mon ami, pourquoi ce désespoir mortel?
L'ignores-tu? le nœud qui t'attache à l'autel Pourra se délier.
CYPRIEN, avec /eu.
Il serait vrai, mon père?
Ah! ne m'abusez pas.
VINCENT
Cyprien, je l'espère.
Tu n'es que sous-diacre, et l'on peut obtenir Une dispense encore.
CYPRIEN
Mais, pour y parvenir.
Que faut-il ?
VINCENT
Je ferai ce qu'il convient de faire.
ACTl V, SCÈNE VIII I37
Notre évêque me porte une amitié sincère; Je toucherai son cœur, il intercédera; L'opinion publique aussi nous aidera, Et tu pourras t'unir à celle qui t'est chère.
SCÈC^E VIII