SCENE IV
PIED, renlranl.
Monsieur, c'est un homme et une femme qui disent comm' ça qu'ils vous apportent le secret de la vie.
FAUST
Ahlah! le secret de la vie 1 Oui, je connais cette farce. On me la fait toujours ! Le secret de la vie, quand on ne vient pas me le demander, on prétend me l'apporter. Ce sont des charlatans, ou des fous; (A part.) comme moi. (Haut.) Et quelle mine ont-ils, cet homme et cette femme?
PIED
Très bonne mine, monsieur.
FALST
Peux-tu me faire leur portrait?
PIED
Long, ou bref?
Bref. En deux mots.
PIED
L'homme ressemble à un soleil couchant et la femme à un soleil levant.
FAUST
Je ne vois pas bien ça.
PIED
C'est peut-être que vous n'avez jamais regardé l'un ni l'autre, au soir ou au matin.
FAUST
Oh 1 j'en ai lu tant de descriptions!
PIED
J'ai comme idée, not' maître, que ce qu'on lit et ce qu'on voit, ca fait deux.
FAUST
Epargne-moi tes réflexions, et continue le portrait de ces gens.
PIED
Ils sentent bon tous les deux.
FAUST
Ah ! Et que sentent-ils?
PIED
L'homme sentie vin, et la femme sentla rose, comme, d'ailleurs, cela doit être, rapport à leurs noms.
FAUST
Quels sont donc leurs noms?
PIED
Le Vin et La Rose.
FAUST
Comment dis tu ?
PIED
Je dis : Le Vin et La Rose.
FAUST
Mais tu ne veux pas insinuer, je suppose bien, que cet homme et cette femme sont le Yin et la Rose en personne ?
PIED
Je n'insinue rin, not' maître. Les choses sont les choses, et je vous les dis comme elles sont, ne plus, ne moins. Il y a ben là, tout bonnement. Monsieur Le Vin et Madame La Rose. Gela vous étonne ?
FAUST
Oui, certes.
PIED
Eh benl Moi pas. Faut-il les faire entrer, pour que vous voyiez si je mens ? «■
FAUST
Oui. fais-les entrer.