LE MOUTON ET LE VEAU
On nous fit mal ; tu nous fais pire.
40 TIIÉATUE CHIMÉRIQUE
Puisqu'on a violé la Loi
Je dois coffrer ; c'est mon emploi.
LE MOUTON
Bê ! bê ! bê ! La loi violée, Le fut sur ma toison volée.
LE VEAU
Meuh! meuh ! Moi, ce fut sur mon cuir.
N'insistez pas dé vous enfuir Par des astuces que je flaire I Vous êtes pris, l'affaire est claire.
Tout le reste, il est d'allemand Pour m'engluer, subséquemment.
SA CONSCIENCE
Gendarme, gendarme, prends garde!
La dame blanche te regarde.
Et la dame blanche, c'est moi.
Nonobstant que je sens d'émoi.
SA CONSCIENCE
Songe quelle source de larmes
Pour l'honneur du corps des gendarmes,
Si tu pinçais deux innocents !
LE MOUTON
Bè! bê!
LE VEAL' Meuh ! meuh I
A leurs accents Je vois (|uè c'est moi qui se trompe.
Suffit ! Je m"ai trompé. Qu'on rompe ! Tout s'éclaire en interrogeant.
Le gendarme est intelligent.
(Il s'éloigne.} LE MOUTON, le poursuivanl.
Bê ! bê ! bé ! bê !
Quelle pécore !
LE VEAU, lui ban-aut la roule.
Meuhl meuh !
Que voulez-vous encore?
LE MOUTON, deveuanl spectral.
Que tu le mènes en prison, Celui qui vola ma toison.
LE VEAU, devenant fantomatique.
Et dans un cul de basse-fosse, Celui qui de mon cuir se chausse.
LE GENDARME, tenifié.
Où donc est-il ?
THEATRE CHIMÉRIQUE LE MOLTOX ET LE VEAU , sarcastiques.
Pas loin d'ici.
LE VEAU
Dans tes bottes regardes-y!
LE MOUTON
De lui, ta tunique en est pleine.
LE GENDARME, afTolé.
Comment? Que dites-vous?
LE MOUTON
Ma laine, Ma laine de pauvre mouton, On en a fait du molleton Pour ta tunique et tes culottes.
LE VEAU
Ma peau, c'est le cuir de tes bottes.
LE MOUTON
Mon poil feutré, c'est ton chapeau.
LE VEAU
Et ton baudrier, c"est ma peau.
ENSEMBLE
Et nous crierons à perdre haleine :
LE VEAU
Rends-moi ma peau !
LE MOL'TON
Rends-moi ma laine !
LE VEAU
Voleur !
LE MOUTON
Voleur !
ENSEMBLE
Voleur! voleur î
LE GENDARME, fermant les yeux.
Mais c'est mon bien !
SA CONSCIENCE, les lui ouvrant.
Non, c'est le leur.