SCENE PREMIERE
Y a-t-il rien de plus doux au monde que de discuter tinemeiit, comme nous le faisons, sur l'essence de l'amour?
ROLINOT
L'essence, et même, ou plutôt, cher ami, la quintessence.
ROBIN
C'est bien ce que j'entends. Car l'essence est encore chose trop grossière.
50 THEATRE CUniÉRIQUE
ROBINOT
Tandis que la quintessence...
Et la quintessence nuancée...
ROBIXOT
Très nuancée, cela va sans dire.
ROBIN
Si nuancée !
ROBIXOT
Oh ! combien nuancée 1
ROBIN
Qu'en pensez-vous, mesdames ?
Que vous êtes suaves, messieurs.
ROBINOTTE
Si suaves ! Oh ! combien suaves !
ROBIN
Et n'est-il pas vrai que vos âmes délicates s'alanguissent délicieusement aux légères caresses de ces discussions et y goûtent un charme infini?
ROBINE
J'en conviens, un charme infini.
ROBINOTTE
Oui, d'un infini tout spécial.
ROBINOT
Et n'est-il pas vrai qu'il vous serait désormais impossible de concevoir l'amour autrement que sous cette forme subtile ?
ROBIXE
Impossible, en effet.
ROBINOTTE
Inexprimablement impossible.
ROBIN
Mais peut-être vous resle-t-il au fond du cœur on ne sait quel désir?
ROBINOT
Oui, une vague appétence que vous avez peine vousmêmes à formuler !
ROBINE
Peut-être bien, vous avez raison.
ROBINOTTE
Une très vague appétence, sans doute, on voudrait le croire, mais que vague, que d'un vague !
ROBIN
Presque inconsciente, n'est-ce pas?
ROBINOT
Quasi instinctive, j'imagine, comme qui dirait dans les limbes du réflexe.
.V2 THEATRE CHIMIiRlQUE
RODIXE
C'est bien cela, il me semble.
ROBIXOTTE
A peu près, m'est avis.
ROBIXE
Mais je n'en suis pas sûre. sûre.
ROBIN OTTE
Et moi donc! José, avec quelle crainte, y arrêter ma pensée flottante.
ROBIX
Moi de même, chères belles.
ROBIN" 01
E[ moi plus tremblant encore.
ROBIN
Songez ! Si nous allions, là, au détour d'une nuance, nous heurter à quelque aveuglante lumière 1
ROBINOT
Ce serait proprement afTreux.
ROBIXE
Taisez-vous ! Cette idée seule m'épouvante.
ROBIXOTTE
J"en ai le frisson de la petite mort.
Mieux vaut ne pas approfondir ce je ne sais quoi de mvstérieux...
FAIRt: SANS DIRE 53
ROBIXOT
Qui vous trouble et nous trouble ù ce point, rien que par appréhension.
ROBINE
Et pourtant ce trouble ne va pas sans un certain obscur délice.
ROBINOTTE
Et ce délice obscur ne va pas sans une certaine très exquise alliciance.
ROBIN
Je la ressens aussi, celte alliciance, et ne puis m'inscrire en faux là-contre.
ROBIXOT
A qui le dites-vous, cher ami ?
R 0 BINE
Eh bien! si, malgré nos peurs, nous tâchions de chercher à savoir...
ROBINOTTE
Oui, un peu, rien qu'un peu, oh ! si peu, combien peu !
Croyez-moi, cela serait imprudent.
ROBINOT
Plus qu'imprudent ; téméraire !
Et vous pensez que nous y pourrions compromettre notre si tendre et si furlif et si agréable état d'âme?
ROBINOTTE
Notre état d'âme nuancé, tout spécial ?
ROBIN
N'en doutez pas, ô raffinées !
ROBIXOT
Soyez-en convaincues, ù délicates I
ROBIXE
Alors, reprenons plutôt nos subtiles discussions sur lessence de l'amour.
ROBIXOTTE
Sur la quintessence, m'amie, sur la quintessence, et en toute subtilité.
ROBIN
A demi-mot susurrant.
ROBINOT
En lisant entre les lignes.