ACTE V, SCENE IX. i
Creon.
Barbare, achevé donc, achevé ton dessein, Le coup est imparfait s'il ne passe en mon sein, Et tu ne meurs pas tout si le jour me demeure.
Hemon.
Bien-tost, bien-tost le Ciel vous marquera vostre heure ; Cruel, ne doutez pas que son bras tout-puissant Ne s'arme tost ou tard pour le sang innocent : Le temps vous apprendra que jamais tyrannie " Sur le throsne thebain ne demeure impunie ; Croyez que Cadme, Laye, Œdipe et ses enfans Ne vous ont, en leur sort, précédé que du temps. Quand des dieux Tyresie annonçoit la pensée , Elle parloit à vous, non pas à Menecée ; La race de Python ne cessera qu'en vous, C'est sur vous que du Ciel doit tomber le courroux ; Mais puissent estre vains les maux qu'il vous prépare. Qu'il .vous soit aussi doux que vous m'estes barbare r A ma fureur encor quelque respect est joint, Et je seray content qu'il ne me venge point. Toy, qui me fus ravie aussi-tost que donnée. Vertueuse beauté, princesse infortunée !
Allons, unis d'esprit, sans commerce de corps. Achever nostre hymen en l'empire des morts.
(// meurt sur Antigone.) Creon, tombant évanoûy.
O mort! joints mon trespas aux effets de ma rage! Sorts, mon ame, et mets fin à ce tragique ouvrage !
Ephyte.
Il tombe évanoûy, sans force et sans chaleur : Tu devois, vain regret, précéder ce mal-heur.
i64 ANTIGONE.
Cleodamas.
O Ciel ! qu'aux chastimens ta justice'est severe, Et qu'il est dangereux d'exciter ta colère !
ISMENE
Lâche, ne puis-je donc faire un dernier effort? Mourray-je mille fois pour la peur d'une mort?