ACTE I, SCENE V
Et de contribuer, en ces communs désirs, Sinon à vostre gloire, au moins à vos plaisirs, Ne desapprouvez pas, ô généreux monarques, Que nostre affection vous produise ses marques, Et que mes compagnons vous offrent par ma voix Non des tableaux parlans de vos rares exploicts, Non cette si célèbre et si fameuse histoire Que vos heureux succès laissent à la mémoire, Puis que le peuple grec, non plus que le romain, N'a point pour les tromper une assez docte main, Miii£]^i£]:^-??-Ç9-''li!i-îL°i'î^ P.^L!iyijJ'°.y.?,E'^JAsiPJ^s dire Vous avoir dejassez du grand faix de l'empire , Et, par ce que nostre art aura de plus charmant Avoir à vos grands soins ravy quelque moment.
DiOCLETIAN.
Genest, ton soin m'oblige, et la cérémonie
Du beau jour où ma fille à ce prince est unie,
Et qui met nostre joye en un degré si haut,
Sans un traict de ton art auroit quelque défaut.
Le théâtre aujourd'huy, fameux par ton mérite.
Ace noble plaisir puissamment sollicite;
Et dans Testât qu'il est ne peut, sans estre ingrat,
Nier de te devoir son plus brillant éclat.
Avec confusion j'ay veu cent fois tes feintes
Me livrer malgré raoy de sensibles attaintes;
En cent sujets divers suivant tes mouvements ,
J'ay receu de tes feux de vrais ressentiments,
Et l'empire absolu que tu prends sur une ame
M'a fait cent fois de glace, et cent autres de flâmej
Par ton art les héros plustost ressuscitez
Qu'imitez en effet et que représentez.
Des cent et des mil ans après leurs funérailles,
Font encor des progrez et gagnent des batailles,
Et sous leurs noms fameux établissent des loix ;
Tu me fais en toy seul maistre de mille rois.
Le comi5[ue^ où ton art également succède,
Est contre la tristesse un si présent remède
Qu'un seul mot (quand tu veux), un pas, une action,
Ne laisse plus de prise à cette passion.
Et, par une soudaine et sensible merveille,
Jette la joye au cœur par l'oeil ou par l'oreille.
Genest.
Cette gloire, Seigneur, me confond à tel poinct...
DiOCLETIAN.
Croy qu'elle est légitime, et ne t'en défends point. Mais passons aux autheurs, et dy-nous quel ouvrage AiTfourd^huy dans la scène a le plus de suffrage ; Quelle plume estjerwe^ne, et quel fameux esprit S'est acquis dans le cirque un plus juste crédit.
Genest.
Les gousts sont diferens, et souvent le caprice Establit ce crédit bien plus que la justice.
DiOCLETIAN.
Mais, entr'autres encor, qui l'emporte, en ton sens?
Genest.
Mon goust, à dire vray, n'est point pour les recens; De trois ou quatre au plus peut-estre la mémoire Jusqu'aux siècles futurs conservera la gloire; Mais de les égaler à ces fameux autheurs Dont les derniers des temps seront adorateurs. Et de voir leurs travaux avec la révérence Dont je voy les escrits d'un Plante et d'un Terence, Et de ces doctes Grecs, dont les rares brillans Font qu'ils vivent encor si beaux après mil ans.