ACTE I, SCENE II. i
Ce qu'ont en vain tenté l'enfer, la terre et l'onde. De mettre en vostre esprit le moindre estonnement, Une femme le fait, et si facilement!
Contentez, grand héros, vostre amoureuse envie. Et ne contraignez point une si belle vie; Hercule oblige trop de n'aimer qu'en un lieu; Pour un object mortel, c'est trop qu'un demy dieu; C'est trop que jusqu'à nous Hercule se ravalle; Et, que je le partage avec une rivalle, Quelque nouvel object qui le puisse toucher. Hercule divisé m'est encore trop cher.
Hercule.
Cruelle, pour tesmoins de mon amour extresme, Je t'offre seulement tes attraicts et toy mesme ; Ces traits de tant d'amans autre-fois rêverez. Que toute l'Oetolie a naguère adorez.
Et qui blessent encor tant d'ames estrangeres. Penses-tu qu'ils m'ayent fait des blessures légères, Et qu'on puisse guérir de l'aimable tourment Que tes yeux ont fait naistre en l'esprit d'un amant? Non, perds ces faux soupçons et que ta crainte meure ; Cependant, mon soucy, soigne que dans une heure Cet holocauste pur que je choisis hier Soit conduit à l'autel prest à sacrifier; Lichas y portera l'ornement nécessaire A parler et -paroistre à l'aspect de mon père. L'Oetolie à la fin soubmise à mon pouvoir, Et son tyran deffaict, m'oblige à ce devoir.
(// s'en va.) Dejanire, seule.
Ha, traistre ! ha, desloyall que d'une vaine feinte Tu me veux déguiser le sujet de ma crainte!
i6 HERCULE MOURANT.
Non, non, je ne suis plus cet object si charmant
Qui força l'inconstance à l'aimer constamment.
Qui fit d'un infidelle un amant véritable,
Qui s'acquit sur tes sens un pouvoir redoutable.
Qui te fut préférable au reste des humains,
Et qui fît contre Nesse armer tes fîeres mains.
Le temps, qui forme tout, change aussi toutes choses ;
Il flestrit les oeillets, il efface les roses,
Et ces fleurs dont jadis mon visage fut peint
Ne sont plus à tes yeux qu'un triste et pasle teint.
lole a sur le sien l'ornement nécessaire
A faire de ton cœur un lasche tributaire.
L'aage luy laisse encor les appas que tu veux,
Et sa jeunesse enfin me dérobe tes vœux;
Mais son espoir est vain, et le cours de cet aage
Qui m'oste des attraits me laisse du courage.
Si ma force n'est vaine en ceste occasion.
Je paroistray ta femme à ta confusion ;
Ta vie, en la fureur dont j'ay l'ame enflamée,
Trame un pire lyon que celuy de Nemée,
Et ma jalouse humeur t'est un monstre plus fort
Que tous ceux dont tes bras ont accourci le sort.