UN SOLDAT
Si vous honorez de cette manière un homme qui ne vous a pas servi ; moi, qui ai causé le soulèvement du royaume, qui vous ai tiré de la tour où vous étiez prisonnier, que me donnerez-vous ?
SIGISMOND
Je te donne la tour, et afin que tu n'en sortes jamais jusqu'à ta mort, tu y auras des gardes. On n'a plus besoin du traître, quand la trahison a eu son effet.
Ta sagesse nous remplit d'admiration.
ASTOLPHE
Quel changement de caractère !
ROSAURA.
Quelle sagesse et quelle prudence !
SIGISMOND
Pourquoi vous étonner ? pourquoi tant admirer, si un songe m'a donné une leçon, et si je redoure dans mon inquiétude de me réveiller et de me retrouver dans mon étroite prison ? Quand cela ne serait pas, il suffit de l'avoir rêvé ; car j'ai appris ainsi que tout le bonheur de l'homme passe comme un songe, et je veux profiter du mien tant qu'il durera. — ■ En demandant pardon pour nos fautes, puisqu'il appartient aux nobles cœurs de pardonner.
ous donnons ici la traduction d'un Auto sacramental de Calderón. On trouvera peut-être ce genre de littérature bien étrange. On s'étonnera de nos jours de remploi des personnages allégoriques, sans songer que le théâtre moderne est sorti des mystères, des moralités du moyen âge, représentations dramatiques, où les vices, tes vertus, les passions, les facultés humaines, les conditions, les religions, etc., sans parler des créatures spirituelles, comme les anges et les démons, tenaient les principaux rôles. O est au même genre de drames qu'appartiennent les Autos sacramentales de la scène espagnole. Ils ont sur les mystères, swiout ceux de Calderón, l'avantage d'être plus fortement conçus, plus savamment distribués, mieux pourvus d'effets dramatiques, plus riches en situations. C'était un spectacle éminemment approprié aux sentiments de ce peuple si religieux, que ces représentations, qui avaient lieu aux principales fêtes de l'Église catholique, particulièrement à la Fête-
Dieu (i). Elles faisaient partie de ces solennités. On y assistait comme à la célébration d'une fête chrétienne, et y disons-le, si, de nos jours, on ne les lit en se plaçant au point de vue chrétien, les autos ne peuvent être ni compris ni appréciés.
Nous avons choisi, pour faire connaître ce genre de littérature dramatique, Le Festin de Balthasar, où sur un fond historique se meuvent les personnages allégoriques que Calderón met en scène. V auteur a traité son sujet sans trop se préoccuper du récit de la Bille. Son imagination vive, fantastique, même incohérente, si Von veut, s'est donné carrière. Mais au milieu de ces libertés, on reconnaît, à la vigueur du trait, aux situations dramatiques, au relief fortement accusé des personnages, le génie de Calderón, aussi énergique que fécond.
Cet auto, l'un des 72 autos qui nous sont restés de lui, fut composé pour la Fête-Dieu de 1 646 à Madrid.
(1) Le nom tatitos sacratnentales, actes sacramentaux, indique que ces drames étaient surtout composés pour la Fête du Saint Sacrement.