‹ Théâtre choisi de Calderon;Chapitre 160 sur 165 · SCÈNE XIV · texte numérisé non relu

SCÈNE XIV

BALTHASAR éveillé] LA PENSÉE.

BALTHASAR

Écoutez, arrêtez, attendez ; ne m'enlevez pas si rapidement une telle vanité, une telle jouissance !

(la pensée s'éveille.)

LA PENSÉE

Qui parle ? qu'est ceci ?

BALTHASAR

Ah! Pensée, je l'ignore ; mais quand je m'imagine être un Dieu, quand je me proclame souverain seigneur, et que je m'aperçois de mon illusion, je ne trouve, je ne vois plus que tes folles idées.

LA PENSÉE

Mais que t'est-il donc arrivé ?

BALTHASAR

J'ai vu, dans un pâle songe, pendant que j'étais endormi, toute la gloire dont j'étais revêtu. Ma Vanité montait, montait jusqu'à toucher le Ciel de son front ; mon Idolâtrie descendait de son trône doré. L'une me donnait un temple, l'autre une statue; et au moment que l'une et l'autre me présentaient la statue et le temple, une voix de bronze, une trompette s'est fait entendre, j'en tremble encore, qui a fait évanouir les plumes de l'une, et a brisé la statue de l'autre ; le temple et la statue sont devenus le jouet des vents, hélas! la Vanité ressemble à la fleur éphémère de l'amandier, l'Idolâtrie au disque du tournesol ; celle-ci, au premier souffle, cède aux colères de la bise ; celui-là, dès que le jour disparait, laisse tomber ses pétales gracieuses, fleur fragile, flétrie par les injures du temps.

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