GIL, ALBERT, EUSÈBE
ALBERT
A mon retour de Rome, avec l'arrivée silencieuse de la nuit, je me suis perdu une autre fois dans cette forêt. C'est là l'endroit où Eusèbe me fit grâce de la vie; je crains de la part de ses soldats de me trouver en danger.
EUSÈBE
Albert !
ALBERT
Quel est le son de cette voix timide, qui, répétant mon nom, retentit à mes oreilles ?
EUSÈBE
Albert i
ALBERT
Elle prononce une seconde fois mon nom ; il me semble qu'elle vient de ce côté, je veux y aller,
GIL
Bon Dieu! c'est Eusèbe, et ma frayeur redouble,
EUSÈBE
Albert !
ALBERT
Elle vient de plus près. Voix, que le vent m'apporte et qui prononces mon nom, qui es-tu ?
EUSÈBE
Je suis Eusèbe. Viens, Albert, de ce côté où je suis enseveli ; viens, soulève ces branches, n'aie pas peur.
ALBERT
Je ne tremble pas.
GIL
Moi, oui. (Albert le découvre.)
ALBERT
Maintenant que tu es découvert ; dis-moi au nom de Dieu, que me veux-tu ?
EUSÈBE
Au nom de Dieu, ma foi t'appelle, Albert, afin qu'avant de mourir tu m'entendes en confession. Il
y a quelques instants que je serais mort, mais mon cadavre est resté indépendant de mon âme, et la mort en le frappant ne lui en a retiré que l'usage, mais ne l'en a pas séparé (il se lève). Viens, que je puisse confesser mes péchés, Albert. Ils sont plus nombreux que les sables de la mer, que les atomes que fait briller le soleil. Mais la dévotion à la Croix est si puissante auprès de Dieu !
ALBERT
Je t'applique toutes les pénitences que j'ai faites jusqu'ici, afin qu'elles te servent de satisfaction pour tes fautes.
GIL
Pour Dieu ! il marche sur ses pieds ; et pour le mieux voir, le soleil découvre ses rayons. Je vais le dire à tous, (eusèbe et albert s'en vont).