‹ Théâtre choisi de Calderon;Chapitre 43 sur 165 · GIL, ALBERT, EUSÈBE · texte numérisé non relu

GIL, ALBERT, EUSÈBE

ALBERT

A mon retour de Rome, avec l'arrivée silencieuse de la nuit, je me suis perdu une autre fois dans cette forêt. C'est là l'endroit où Eusèbe me fit grâce de la vie; je crains de la part de ses soldats de me trouver en danger.

EUSÈBE

Albert !

ALBERT

Quel est le son de cette voix timide, qui, répétant mon nom, retentit à mes oreilles ?

EUSÈBE

Albert i

ALBERT

Elle prononce une seconde fois mon nom ; il me semble qu'elle vient de ce côté, je veux y aller,

GIL

Bon Dieu! c'est Eusèbe, et ma frayeur redouble,

EUSÈBE

Albert !

ALBERT

Elle vient de plus près. Voix, que le vent m'apporte et qui prononces mon nom, qui es-tu ?

EUSÈBE

Je suis Eusèbe. Viens, Albert, de ce côté où je suis enseveli ; viens, soulève ces branches, n'aie pas peur.

ALBERT

Je ne tremble pas.

GIL

Moi, oui. (Albert le découvre.)

ALBERT

Maintenant que tu es découvert ; dis-moi au nom de Dieu, que me veux-tu ?

EUSÈBE

Au nom de Dieu, ma foi t'appelle, Albert, afin qu'avant de mourir tu m'entendes en confession. Il

y a quelques instants que je serais mort, mais mon cadavre est resté indépendant de mon âme, et la mort en le frappant ne lui en a retiré que l'usage, mais ne l'en a pas séparé (il se lève). Viens, que je puisse confesser mes péchés, Albert. Ils sont plus nombreux que les sables de la mer, que les atomes que fait briller le soleil. Mais la dévotion à la Croix est si puissante auprès de Dieu !

ALBERT

Je t'applique toutes les pénitences que j'ai faites jusqu'ici, afin qu'elles te servent de satisfaction pour tes fautes.

GIL

Pour Dieu ! il marche sur ses pieds ; et pour le mieux voir, le soleil découvre ses rayons. Je vais le dire à tous, (eusèbe et albert s'en vont).

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