‹ Théâtre choisi de Calderon;Chapitre 62 sur 165 · SCÈNE III. MARCELLE, SYLVIE et lisard entrent par Vautre porte · texte numérisé non relu

SCÈNE III. MARCELLE, SYLVIE et lisard entrent par Vautre porte

SYLVIE

C'est ici la maison, seigneur, de cette dame voilée, que vous voyez aujourd'hui à découvert.

LISARD.

Qui vit jamais un pareil bonheur ?

MARCELLE

Vous n'auriez pas songé, Lisard, que mon caprice fût allé vous chercher.

LISARD.

J'avoue mes craintes, j'avais perdu l'espérance de ce bonheur. Car on voit toujours aller ensemble la bonne fortune et la défiance.

MARCELLE

Quoiqu'il soit vrai, que j'aurais pu aujourd'hui, pour avoir le plaisir de vous parler, seigneur Lisard, vous prier de venir chez moi ; je ne l'aurais pas fait, si je n'avais à vous reprocher une impolitesse envers moi.

LISARD.

Une impolitesse envers vous ?

MARCELLE

Oui, dont je dois vous avertir.

LISARD.

Si vous m'excusez vous-même de mon ignorance, quand j'ai commis une faute involontaire, il faut que vous me la fassiez connaître, pour que je n'y retombe pas, sans le savoir.

MARCELLE

A qui avez-vous aujourd'hui commencé à raconter notre aventure, dont une suivante a empêché de continuer le récit ?

LISARD.

Je vous entends, et quoique je puisse le faire, je ne prétends pas m'excuser en rien. Car une femme qui, dans un endroit où je suis inconnu, a été si bien renseignée sur moi ; une femme, qui se défie ainsi d'un homme dont je suis l'ami ; une femme, qui a une suivante dans la maison de cet ami, laquelle rapporte les discours que je lui tiens, je la désigne assez en n'en disant pas davantage, je la fais assez connaître en m'en allant. Car avant d'être votre galant, j'étais l'ami de don Félix.

MARCELLE

Vous avez sans doute pensé, par les détails que je vous donne, que je suis la maîtresse de Félix. Eh bien ! vous vous abusez étrangement, et vous devez m'en croire, si celui qui prétend aimer croit quelque chose. Non seulement je ne suis pas sa maitresse, mais je ne puis pas l'être.

LISARD.

Si vous niez les prémisses, vous concluerez mal. De qui savez-vous mon nom ? De qui êtes-vous renseignée sur moi ? De qui avez-vous pu apprendre (je puis le dire dans un instant) ce qui s'est passé dans le cabinet de Félix entre nous deux ?

MARCELLE

Pour en finir avec tous vos doutes ; sachez que ¡e suis l'amie d'une belle dame, sa maîtresse. Celle-ci en causant avec moi de Félix, m'a donné des détails sur vous en me parlant de vous comme de l'ami de Félix. Quoique Félix soit assez bon gentilhomme, un secret n'est jamais mieux placé, que quand il est ignoré. Je vous prie donc de ne pas donner à Félix

plus de détails sur moi, de ne pas lui dire que je vous ai vu, ni que vous connaissez ma maison ; car pour un souçon auquel on ajouterait foi, je risquerais au moins la vie et surtout l'honneur.

LISARD.

Vous devez croire que la raison de mes doutes n'existe plus. Mais vous me laissez pourtant dans un grand embarras ; car si vous n'êtes pas...

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