SCÈNE IX
Les précédents, don Félix.
Félix.
A peine l'ombre glacée a tendu le noir manteau, ce vêtement de nuit, dont le ciel se couvre pour se cacher, que les étoiles m'ont trouvé à votre porte, Laure. Ma passion devance les heures, et je viens en ce moment vous voir. Je faisais le guet dans votre rue, quand j'ai vu ma sœur sortir de chez vous, et
remarquant que votre père raccompagnait, pour ne pas perdre de temps, je me hasarde à entrer ici. Car votre apaisement de tantôt m'a donné une telle joie que je n'ai pas voulu différer d'un instant à vous voir radoucie envers moi.
LAURE
Eh bien ! c'est mal ; car à peine m'avez-vous débarrassée d'un mécontentement, que vous en préparez un autre. Ne pouviez-vous attendre un peu (à part, à peine ai-je la force de lui parler), que la maison fût tranquille, au lieu d'entrer ici si témérairement, sans penser que mon père va revenir dans un moment ?
FÉLIX
J'ai voulu seulement, Laure, vous faire savoir que j'attends dans la rue l'heure de vous parler, afin que vous ne me disiez pas que je viens d'ailleurs, quand je viens vous voir. Je retourne donc dans la rue.
LAURE
Bien, retournez vite ; dès que mon père se sera retiré, nous pourrons nous parler plus à loisir. Ne me laissez pas dans une telle inquiétude. Je crois qu'il soupçonne, hélas ! quelque chose de notre amour, car il a retiré la clef de cette porte dérobée (à pari, je dis ceci pour assurer la sortie à celui qui est ici dedans), et tous ces jours-ci il est sur pied, allant et venant continuellement.
FÉLIX
Pour vous délivrer de cette crainte, je m'en vais ; j'attends dans la rue.