SCÈNE XI FR\NZ , RUTLY, SENNEVILLE
RUTLY.
Venez donc, père Franz, venez donc, je vous dis que c'est un bon enfant, son domestique me l'a dit; d'ailleurs je le connais.
FRANZ
Non, je te dis, perdre mon temps et faire une démarche comme celle-là !
RUTLY^
Tenez, justement le voilà, (a senneviiie.) Pardon, monsieur, mais...
KETTLY. 29
SENNEYILLE.
Qu'est-ce que c'est?
RUTLY.
C'est moi, Rutly, vous savez bien?
SEIŒEYILLE, à part.
Au fait, j'ai vu cette figure-là.
RUTLY.
Oui, le fils de madame Werner, chez qui vous venez loger; et voilà le père Franz.
SENNEVILLE
Le père Franz?
RUTLY.
Oui, le père de la petite Kettly, vous savez bien ? le portrait... dans le temps...
SENNEVILLE
Monsieur Franz, vous avez une fille charmante I elle vient de m'offrir à déjeuner avec une grâce...
RUTLY, à part.
Dieu ! a-t-elle eu une bonne idée I comme ça va le disposer pour nous.
SENNEVILLE
J'espère que cela ne vous fâche pas.
FRANZ
Moi, mon officier, c'est trop d'honneur que vous me faites.
SENNEVILLE
Vous portez moustaches, monsieur Franz, vous avez été militaire ?
FRANZ
Pendant vingt ans, mon capitaine, et au service de
la France encore !
30 KETTLY.
SEimEYILLE, lui tendant la main.
Touchez là, mon brave camarade 1
FBANZ, héfitant.
Capitaine ! je ne suis qu'un simple caporal.
SENNEYILLE.
Eh! qu'importe? morbleu! touchez donc là.
Aia : Simple soldat, né d'obscurs laboureurs (de Julien).
N avez-Tous pas partagé nos travaux ?
Le môme ciel ne nous a pas vus naître ; Mais nous ser Tiens sous les mêmes drapeaux,
Nous nous aimons sans nous connaître.
Eht quUmporte que peu d'éclat
Ait suivi le vieux militaire ?
J'honore partout mon état , Et quelque part qiie je trouve un soldat,
Je crois presser la main d'un frère 1...
BUTLY.
Je savais bien, moi. Le père Franz et moi nous venons vous prier de parler à ma mère en faveur de Kettly.
FBANZ.
Gomment! en faveur de ma fille?
RUTLY.
Eh, non! est-il susceptible?... C'est en ma faveur!
FRANZ
Oui, capitaine, c'est au sujet de ma fille.
SENNEYILLE.
Parlez, mon brave Franz; il s'agit de Kettly; je suis tout à vous !
RUTLY.
Monsieur le capitaine, voilà ce que c'est; nous voulons faire parler à ma mère, pour que j'épouse
KETTLY. 31
Kettly, vu qu'elle est amoureuse de moi... Voilà tout... je ne vais pas vous chercher des phrases...
SENNBVILLB.
Comment, mon cher Franz! votre fille aimerait ce nigaud-là?
EUTLY, à part.
Tiens,... par exemple, nigaud I
FBANZ.
Eh, capitaine! vous m'en voyez désolé... Je n'y conçois rien... Enfin c'est comme ça!
SENI^EYILLU, à part, avec un mouvement de regret.
Allons... (Haut.) Et qui s'oppose au mariage? C'est moi.
SENNE VILLE
Vous?
RUTLY.
Eh non! monsieur le capitaine; ce n'est pas lui; il est trop bonhomme pour cela... C'est ma mère... ; et lui, il lui prend des accès de fierté parce que nous sommes riches, et que lui ne l'est pas !
SBNNBVILLE.
Votre motif est noble, mon cher Frànz; mais le bonheur des enfants avant tout... Voyons, que puis-je faire pour vaus?
FRANZ, lui prenant la maiu affectueusement.
Vous êtes trop bon, capitaine! mais chut... voilà ma fille; ne parlons plus de cela!
KETTLY.