‹ Théatre choisi de F.-A. DuvertChapitre 134 sur 199 · SCÈNE YI · texte numérisé non relu

SCÈNE YI

LES MÊMES, LE JUGE DE PAIX, porté dans nne tente de Martonneiteiy par quatre gendarmes^ paysans, PAYSANNES.

IDIOT

Quoi I là-dedans, c'est lui!

Arrêtez ! arrêtez ! Je prétends qu'on me juge.

LE JUGE DE PAIX

Depuis quand le coupable arréte-t-il le juge ?

IDIOT

toi, qui que til sois, curé, juge ou préfet.

Viens nous juger sans haine et sans crainte !

LE JUGE DE PAIX

C'est fait.

Le public éclairé, qui juge en conscience.

Vous rend justice à tous, en fuyant l'audience.

Vous trouvez donc coupable, alors, leur action?

-LE JUGE DE PAIX

Elle n'est pas coupable, elle est absurde.

IDIOT

Bon!

GUIRVERNI.

Bien obligé.

LE JUGE DE PAIX

L'auteur, dans cette circonstance.

Semble avoir un peu trop compté sur l'ignorance De ce pauvre public. A chaque scène il ment; Quand avec de l'histoire on veut faire un roman, 11 faut tâcher au moins que chaque personnage

312 MARIONNETTE

Ait un peu de lui-même, et parle son langage.

Mais Marion Delorme en femme à sentiment,

Suivant un va-nu-pieds qu'elle a pris pour amant I

Mais du fils de Henri faire un royal jocrisse !

Compter pour être absous sur les pleurs d'une actrice !

C'est trop fort. Suffît-il de se dire : Je vais

Mettre quinze bons vers dans deux mille mauvais,

Et Ton m'applaudira ? Non, cette règle est fausse;

C'est trop peu de poisson pour une telle sauce.

Eh bien! que les bravos aillent en crescendo,

La recette toujours va degringolando,

IDIOT, consterné.

Merci !

MARIONNETTE

Bien obligée!

CUIRVERNI.

A l'arrêt je m'oppose.

Je tiens la pièce bonne, et n'y vois qu'une chose : C'est que si le succès fait courir tout Paris, Les épingles bientôt deviendront hors de prix.

On aperçoit un sac vide qui traverse le théâtre* MARIONNETTE, «ffrayée.

Grand Dieu 1

IDIOT et CUIRVEKNI,

Qu'a-t-elle donc ?

MARIONNETTE

ciel I quelle disgrâce !

Regardez, regardez... la recette qui passe.

Page 1