SCÈNE XIII SENNEVILLE, KETTLY
SENNEVILLE, à part.
Singulier r^le pour moi ! Chargé de faire un mariage, moi, qui n'ai jamais pu parvenir à faire le mien I
KETTLY, à part.
Eh bien ! il parle tout seul !
SENNEVILLE, à part.
Air : Travaillez^ ne regardez pfis (de la Mansarde des Artistes).
Faut-il qu'une remme charmante Ait fait choix d'un pareil amant?...
34 KETTLY.
KBTTLT.
Eh 1 mais, votre faim dévorante, VouB n'y pensez plus maintenant?
SENNEYILLB.
Je roubliaifl dans ce moment, Ha raison, je crois, je devine, Songe-t-on devant tant d'appas?...
Ah I si mon aspect vous chagrine, SUl peut troubler votre repas, Approchez, (bU) n'me regardes pas...
Elle l'amène par la main, prèa de la table.
SENNEVILLB.
Ne pas vous regarder? ah! le sacrifice serait trop pénible I
KETTLY.
Allons, asseyez-vous ! ah I mon Dieu !
SENNEVILLE
Eh bieni où courez-vous donc?
KETTLY.
J'ai oublié une chaise...
Aia : Va d'une science inutile.
Pardonnes mon ëtourderie !
SENNEVILLE
Ma chère enfant, y pensez-vous?
Pourquoi de la cérémonie ?
Ce bane me parattra plus doux...
KETTLY.
Mais vous serez mal à votre aise.
SENNEVILLE
Non, non, je serai beaucoup mieux.
On reste seul sur une chaise^
Sur un bane, on peut tenir deux, bis.
Il place le banc auprès de la table.
KETTLY. 3S
Voyez-vous? vous allez vous asseoir près de moi,
KETTLY.
Volontiers! au fait... on est bien comme cela.
SENIOJVILLB.
Voilà de la crème délicieuse, et un pain qui donnerait de rappétit...(UT07Bnt pensive.) Eh bien? à quoi rêvez-vous donc?
KETTLY, avec na tresiaillement.
Moi? à rien.
SENNE YILLS.
A rien? VOUS me trompez, (a part.) Pauvre enfant.. i ce n'est pas sa faute, si elle a mal choisi; le cœur ne raisonne pas..., celui d'une jeune fille, surtout! cependant, ayant d'agir, je veux m'assurer...
KETTLY, le tirant par le bras.
Eh bien! voilà que vous rêvez aussi à présent!
SENNEVILLE
Ohl moi, c'est différent, c'est à quelque chose... j*ai le plus joli sujet de méditation!
KETTLY.
Et lequel?
SENNEVILLE
Je pensais... à vous.
KETTLY, baissant les yeiix.
A moi?
SENlOyiLLE.
Oui, et je me disais... Voulez-vous savoir ce que je me disais !
KETTLY.
Oh! oui, dites-le-moi.
36 KETTLY.
SENNEVILLE
Je me disais : j'ai conté tous mes chagrins à Kettly, je lui ai donné toute ma confiance; eh bien! moi, si je m'avisais de Tinterroger, je suis bien sûr que je n'aurais pas la sienne.
KETTLY.
Comment? et que voulez -vous que je vous confie?
SENNE VILLE
Ce n'est pas moi qui puis vous le dire.
KETTLY.
Vivant seule avec mon père, je n'ai eu dans ma vie d'autre événement que mes pensées...
SENNE VILLE
Eh bien! ce sont précisément ces pensées-là que je voudrais savoir.
Et comment voulez-vous que je vous les dise?
A peine si je me les rappelle moi-même... elles viennent... elles passent, rien ne les fixe, et je ne songe pas à les retenir... personne ne s'y intéresse.
SENNE VILLE
Personne! allons, Kettly! je comptais sur votre confiance... parlez-moi sincèrement! voulez-vous me parler sincèrement?
KETTLY.
Et pourquoi feindrais-je?
SENNE VILLE
Est-ceque vous n*avezd'attachementpour personne?
KETTLY, vÎTement.
Oh! beaucoup... (timidement) pour mou père!
SENNEVILLE
Ah ! ce n'est pas là répondre ! vous pensez bien
KETTLY. 37
que ce n'est pas de votre père que je vous parle! Y a-t-il quelqu'un pour qui vous ayez cette inclination... cette préférence... enfin, ce qu'on appelle... de l'amour?
KETTLY.
Mais...
SENNE VILLE
C'est un secret que peut-être vous cachez?
KETTLY.
Non, Monsieur, je ne le cache point; ce matin encore je l'ai déposé dans le sein d'une amie; mais, c'est elle seule qui le saura...
SENNEVILLE
Comment! vous m'étonnez...
KETTLY.
C'est par lui raconter mes peines, que toujours je commence ma journée.
Air : De V Angélus,
Chaque malin, à mon réveil, Quand du coq la voix éclatante Chante le lever du soleil, Je vais trouver ma confidente, bis,
SENNEVILLE
Eh quoi ! d^un aveu si discret Une femme est dépositaire I
KETTLY.
Jamais je n'ai dit mon secret
Que sur la tombe de ma mère. bi$,
SENNEVILLE, à part.
Allons, il n'y a pas de doute ! (Haut.) Kettly! vous
aimez, je le vois... Ne croyez pas que ma question
parte d'un simple motif de curiosité ; non, oh non I I. 4
j'ai mes raisons pour vous la faire..., des raisons que votre père approuve...
KBTTIiY, agitée.
Que mon père approuve ?
SENNEYILIiE, avec fea.
Oui, oui, je puis vous l'assurer.
KBTTLT.
Oh I non, jamais... Mon père me chérit, mais il est fier; j'ai choisi trop au-dessus de moi.
SENNEVILLE
Ah I dites pour la fortune, car du reste, jamais personne... (iLpart.)Ehbienrqu'esl^ceque je fais donc, moi? je me passionne ! j'oublie mon rôle de médiateur I
KBTTLT, à part.
Dieul que je suis tremblante !
SENKEYILLE, dooeeiaent.
Écoutez, Kettly; depuis longtemps je suis votre ami, cela date de deux ans.
KETTLY.
Oui, moi, je ne l'ai point oublié.
SEIÏNEVILLE.
Si je vous priais de me laisser faire votre bonheur... vous ne sauriez croire combien il m'intéresse! est-ce que vous me refuseriez?
Que dites-vous ?
SENNEVILLE
J'ai lu dans votre cœur ; je réponds de tout, j'écarterai tous les obstacles, et bientôt...
KETTLY.
Bientôt?...
KETTLY. 3«