SCÈNE XI
BOUGINIER, dans la cuisine, ANGÉLIQUE.
AiîGÉLIQUE.
Maman a raison. Il faut que j'essaie Teifet de mon costume. Voyons ! de la hardiesse ! hum ! hum !
BOUGINIEB, à part en riaoU
Elle tousse ? Oh c'te charge de hussard !
ANGÉLIQUE, essayant de grossir sa roix.
Hé ! la fille I
BOUGIKIEE.
Voilà! qu'est-ce que vous demandez, Monsieur?
ANGÉLIQUE
Je demande... je demande... Vous ne me connaissez pas ? je suis le fils de la maison !
BOUGINIEB, d*un air timide.
Ah ! mon bourgeois I (a. part.) Est-elle gentille comme ça?
ANGÉLIQUE
Elle est intimidée ; ça m'encourage. (Haut.) Quand j'étais à mon bataillon, j'avais l'habitude d'embrasser toutes les. jolies filles que je rencontrais à la guerre.
BOUGINIEB, à part.
Ohl ces expressions I... elle n'y entend rien! (Baut.) Âh! vous aviez cette habitude-lk?... à la guerre?
ANGÉLIQUE
Oui, et à présent que je suis en garnison chez mon përe, je ne veux pas la perdre, mille bombes!
BOUGDTEEB, d'un air modeste.
Oh ! le nombre des bombes n'y fait rien, mais une fille honnête...
ANGÉLIQUE, l'approûliant hardiment.
Est-ce que tu oserais résister à un officier de hussards?
BOUOIÎflBE.
Il n'y a rien de si dangereux, mon gros major.
AiB : Garde à vous, L' militaire e«t changeant.
ANGÉLIQUE
Allons ! point de scrupule.
11 faut qu'on capitule, Quand Je suis assiégeant.
BOUGINIER
Vous ét's bien exigeant.
Mon sergent.
Si Tot' main indiscrète Touche à ma collerette, Ou dénoue un cordon, Ma vertu tiendra bon I
Angélique se détourne pour rire plus à son ^se. A pari.
Viens-y donc.
Viens-y donc.
ANGÉLIQUE^ revenant près de kii.
Ah! ah I petite friponne ! tu me menaces!
BOUGINIEB, arec pudeur.
Moi! mon bourgeois! ah! je vous en prie... je vous en prie...
ANGÉLIQUE, le prenant par la taille.
Allons! allons! morbleu! il faut que je t'embrasse.
BOUGINIEB , après quelques difficultés, lui saisissant tout à coup la (été
et l'embrassant.
Mille tonnerres! je veux bien, mon officier.
ANGÉLIQUE, eCTrayée et se dégageant a?ee peiue«
Comment? eh bien I eh bien ! qu'est-ce donc?
Bouginier tire son harmonica de sa poche et souffle dedans.
ANaÉUQXTB.
Qu'entends-je?
BOUGINIER, d'un air exalté.
Oui, c'est moi, Bouginier... un homme calciné par la passion... Angélique! me voilà!
ANGELIQUE
Quoi, Monsieur! vous vous êtes permis... vous avez trompé mes parents?
BOUGINIER
C'est vrai ! je me suis permis de les fourrer dedans.
ANGÉLIQUE
Ah! sortez! sortez ! je vous en conjure.
Vous m'en conjurez?... (A.pari.)Ah ça! mais, elle m'expulse ! . . . elle m'expulse !
ANGÉLIQUE
Votre présence ici pourrait me compromettre.
BOUGINIER, d'un ton décidé.
Eh bien! écoutez!... je m'en irai, oui, mais ditesmoi, ô Angélique, dites-moi que vous n'aspirez qu'au moment.
ANGÉLIQUE
Au moment de quoi?
BOUGINIER, à genoux, et lui prenant les maios atec passion.
Oh ! dites-moi que vous n'aspirez qu'au moment.
ANGÉLIQUE, ctaerehant k le dégager.
Monsieur Bouginier ! vous m'effrayez I
BOUGINIEE.
C'est que j'ai la tête hors de moi, j'ai la tète hors de moi.
On entend frapper h la porte.
GIFFLAED, en dehors.
Peut-on entrer?
ANGÉLIQUE
On vient, (a part.) Dieu! M. Gifflard! sauvons-nous.
BOUGINIER, se lerant précipitamment.
Sauve qui puit.
I! te réfugie daoi la euiiine. Angélique le sauTe dans la chambre à gauche et referme vivement la porte sur elle.