SCÈNE IV CHARLOT, HARNALI, QUASIFOL
quasifol.
Ah!. c'est vous, mon poulet?
HARNALI, -vêtn d'un ^etauvais manteau, et portant en sautoir un cor
de chasse d'enfant.
Oui, c'est moi, chère amour!
CHARLOT, sortant à demi de la fontaine, le convercle sur la tête.
Oh Dieu ! qu'il est criquet.
Je le croyais plus gros.
QUASIFOL.
Eh bien! je me marie; Mon oncle, dès demain, me mène à la mairie ; Il m'épouse.
HARNALI.
Qui? lui?... Je me disais aussi Qu'un malheur imprévu devait m'attendre ici ; Regardez-moi, mon nez est écorché, peut-être?
HARNALI. 61
QUASIFOI..
Mais non.
HARNAU.
J'ai déboulé du haut de la fenêtre, Et je serais encor dans la rue épaté, Sans lya verre de vin qui m'a ravigoté.
Je m'en étais douté, c'est un triste présage.
QUASIFOL.
Ah I nous pouvons encor rompre ce mariage.
On pourrait m'enlever pour obtenir ma main; Mais je ne voudrais pas épouser un gamin.
Quel état faites-vous?
HARNALI.
Je ne suis pas un prince.
Mais je suis grand de cœur, si de corps je suis mince; Je suis un montagnard.
GHARLOT, à part.
Quel état! montagnard!
Autant dire, parbleu ! je suis un... Savoyard.
QUASIFOL.
Montagnard, Harnali, ne dit pas qui vous êtes.
HARNALI.
Mes parents, chère amie, étaient des gens honnêtes. Mais qui, par caractère autant que par emploi. Se trouvaient ennemis du procureur du roi...
Ils se sont vu saisir par des patrouilles grises... Ils ont eu des malheurs devant la Cour d'assises.
Malheureux orphelin de parents bien portants ! Pour vivre, enfin, comment passez-vous votre temps?
HARNALI.
Apprenez tout! Le nom du métier que j*exerce Ne décora jamais l'Almanach du Commerce.
Avant que ma famille ait eu tant de malheur.
D'un théâtre chantant j'étais sous-contrôleur;
62 HARNALI.
Mais un nouveau commis, un scélérat, un drôle,
Me fit, en arrivant, renvoyer du contrôle.
Au théâtre, jadis, me tenant sur le seuil.
Je faisais au public un généreux accueil ;
Et ma main, des marchands confondant la cohorte.
Déchirait les billets qu'on vendait à la porte :
Ne les déchirant plus, je les vends à présent;
Quand Thomme public tombe, il devient opposant.
Je veux bien t'enlever; ce n'est pas nécessaire,
J'en conviens, puisqu'ici nous nous voyons, ma chère ;
Mais, puisque sans façon ton cœur me Ta permis.
Je te veux emmener au milieu des amis»
QGASnrOL.
Je te suivrai.
BARNALI.
C'est bien! Pourtant, je dois l'apprendre Les petits accidents auxquels il faut t'attendre.
QUASIFOL.
Je te suivrai.
HABNALI.
C'est bien I A ne rien déguiser Il faut, dans notre état, bien souvent s'exposer; La reine de mon cœur pourrait, par aventure.
Coucher au violon, comme à la Préfecture.
QOÀSIFOL.
Je te suivrai.
HARNALI.
C'est bien 1 Mais, de nos compagnons.
Je te dois désigner les noms et les surnoms : D'abord, le grand Plâtreux, le plus fort de la troupe; Puis, le fier Gabouillard, le grand mangeur de soupe; Labouque, dit Rouget, François, le Mal-Léché, Dodore, Bolivar, Marouillaud, l'OEil-Poché, Binochet, Samuel, dit le Prêteur sur gage.
Le Borgne, Faux- Toupet, le Marchand de cirage.
HARNAU. 63
Voilà de ton honneur quels seront les soutiens; Us sont tous mes amis, deviendront-ils les tiens?
QUASIFOL.
Je te siÛTraî.
G^est bien 1 Ainsi, dans nos montagnes, A sept heures du soir, demain, tu m'accompagnes. A Montmartre, aussi bien nous avons rendez-vous. Entre ]e télégraphe et la maison des fous.
QUASIFOL.
Je te suivrai.
HAHNALI.
Cest bien, très-bien l
QUASIFOL.
mon doux maître!
Quel sera ton signal pour te faire connaître?
HARNALI.
Écoute, mon enf^t, tu connais bien ma voix?
QUASIFOL.
Oui, certes!
HARNALI.
Dans ma main je frapperai trois fois.