‹ Théatre choisi de F.-A. DuvertChapitre 37 sur 199 · SCÈNE PREMIÈRE COMILVA, QUASIf'OL · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE COMILVA, QUASIf'OL

COMILVA.

Ainsi donc, mon enfant, c'est un point convenu. Le jour de notre hymen, à la fin, est venu.

Sous rhabit d'un adjoint, le Destin nous marie; Nous irons, ce matin, en fiacre à la mairie.

QUASIFOL.

Oui, mon oncle, je sais...

COMILVA.

Tristement tu dis : Oui î Il faut, ma chère enfant, prendre un air réjoui. Nous sommes bien heureux! moi, je suis sûr de l'être; Car ton cœur m'est connu...

QUASIFOL.

Vous devenez mon maître...

HARNALI. 8i

COMILVA.

Non pas! car un époux, fût-il jeune et galant, De sa femme jamais n'est mattre absolument... Moi surtout qui suis vieux...

QUASIFOL.

Mais vous parlez sans cesse, Et de vos cheveux blancs et de votre vieillesse...

Tudieu! je suis un vieux lapin...

QUASIFOL.

Je le savais.

COMILVA.

Avec de vieux lapins on fait de bons civets, Ma chère, entendez-vous? Je t'assure, ma bonne, Que je suis, d'être vieux, plus fâché que personne; C'est au point (croirais- tu?) que je vais tous les soirs Voir les troupeaux de bœufs qu'on mène aux abattoiris? C'est alors que, pleurant mon ancienne énergie...

QUASIFOL.

Entre les bœufs et vous quelle est l'analogie?

COMILVA.

Attends! Leurs conducteurs sont frais et vigoureux...

Je me surprends à dire ; ah! si j'étais comme eux!

Et je pousse, parfois, cette fureur jalouse

Jusqu'à leur envier leurs gros bas et leur blouse.

Et je donnerais tout, maisons, appartements.

Vieux habits, vieux chapeaux, pour n'avoir que trois ans

Et conduire des bœufs.

QUASIFOL.

Quelle manie étrange !

Mon oncle, en vieillissant, il faut bien que ^out change.

COMILVA.

« Aussi, grâce à l'hymen qui vient nous couronner, a Comme des insensés, il faut nous en donner; H Et chaque jour, tous deux, dès l'aube matinale.

82 HARNALI.

a Nous jouerons au piquet, môme à l'impériale;

« Et le soir, quel bonheur ! comme d'heureux époux,

a Nous irons promener, bras dessus, bras dessous;

« Eâfm, mets ma tendresse aux- plus rudes épreuves;

« Je ne pourrai jamais t'en donner trop de preuves. »

Le temps m'a pu rider et le front et le né,

Mais le cœur d'un vieillard n'est pas ratatiné,

Gé cœur est tout à toi... Dès demain tu vas être

Mon Dieu, mon général, mon brigadier, mon maître...

Je prétends t'adorer de quarante façons,

C'est de toi que je veux recevoir des leçons;

Et comme don Guzman, n'écoutant nul obstacle.

Je veux, six fois par mois... te mener au spectacle.

Si les émotions ne te font point de mal,

Je te régalerai de madame Dorval.

Le Théâtre-Français te plairait mieux peut-être,

Moi je donne la pomme à Frédéric-Lemaître;

Les Français sont très-chers, et l'on n'est pas fâché

D'entendre quelquefois crier à bon marché.

A propos, je pourrais te chicaner, ma chère,

Ta fugue d'hier soir est extraordinaire ;

Mais de t'en parler, va, je ne suis pas si sot.

QUÂSIFOL.

Pourquoi ?

COMILVA.

Je suis censé n'en pas savoir un mot.

Allons, va t'habiller, et mets la fleur d'orange... C'est pour le décorum... Mais qui donc nous dérange?

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