SCÈNE II
HARNALI, QUASIFOL, en costume de mariée.
HARNALI, à celix qui sortenU
Bonne nuiti Ma chère Quasifol, il est plus de minuit, Et je suis ton mari... La fête est terminée, Il faut joyeusement finir cette journée.
QUASIFOL. ^
J'ai beaucoup de plaisir à rester près de vous.
HARNALI.
Moi de même. Vraiment, c'est un plaisir très-doux; Mais... puisqu'ils sont partis, Quasifol, il me semble... I. 40
IjO HARNALI.
Sans doute, il est fort doux de se trouver ensemble... Mais, à rheure qu'il est...
QUASIFOL.
mon cher Harnali !
HARNAU.
Ahl ne dis plus cela; ce nom n'est pas joli : C'était celui d'un gueux, d'un scélérat, d'un drôle I Tout est changé pour moi, je suis chef du contrôle. Tu pourras, si Ton vient te demander ton nom, Répondre fièrement : Je suis à l'Estragon.
Il lui parle à Toreille.
QUASIFOL.
Tout à l'heure.
HARNALI.
Pourquoi?
QUASIFOL.
Je veux encore attendre...
Que vous êtes bien mis!
HARNALI.
Réflexion bien tendre !
QUASIFOL.
Vous avez, l'Estragon, un superbe gilet!
Quel est votre tailleur?
HARNALI.
Je l'achetai tout fait.
QUASIFOL.
J'aime beaucoup aussi cet habit fait en queue De morue, et surtout cette cravate bleue, Qui vous va joliment.
HARNAU, à part.
Quels sont donc ses projets, En passant la revue ainsi de mes effets?
Haat.
Ce que vous dites là certainement me flatte...
HARNALÎ. il4
QUASIFOL, tendrement.
C*est ton cou, mon bichon, qui sied à la cravate.
HARNALI.
Très-joli compliment!... Ahl ma chère!...
Il lui parle a l'oreiUe.
QUASIFOL.
A rinstant.
HARNALI, aTec tendresse.
Ma chère Quasifol, il me semble pourtant...
QUASIFOL, près de la fenêtre.
Voyez la belle nuit...
HARNALI, impatienté.
Oh! ce n'est pas la peine.
Des belles nuits, parbleu! j'en visa la douzaine. Et j'en ai même vu plus que je ne voulais, Et sans avoir besoin d'ouvrir aucuns volets.
QUASIFOL.
Voyez, mon cher ami, que la lune est jolie !
HARNALI.
Oui, la lune est très-bien, je la trouve embellie... Mais, à l'heure qu'il est, ce n'est pas le moment^ Un jour d'hymen, surtout, de causer firmament.
QUASIFOL.
Vois, qu'il est beau, ce ciel, quand la lune l'éclairé ! Moi, j'aime dans la nuit, surtout quand elle est claire, Le chant des moineaux francs et des chardonnerets.
HAUNALI, à part.
Avec ça que la nuit ils ne chantent jamais.
QUASIFOL, regardant toujours en l'air.
Les étoiles du ciel, l'ombre silencieuse,
Et le chant des oiseaux, font l'âme harmonieuse ;
Mais, ne trouvez- vous pas que la lune pourtant...
HARNALI, frappant dn pied, et s'éloignant brusquement de Quasifol.
Qu'une femme astronome est un être embêtant!
Mon Dieu! mon Dieu! mon Dieu!
il2 HARNALI.
QUASIFOL, toiyoura en eitaie.
Voyez donc, tout repose, Venez donc respirer Tair embaumé de rose...
Ah! c'est délicieux I... A cette douce odeur, On croirait respirer les deux mains d'un coiffeur.
HARNALI.
Oui, cela sent très-bon, la lune est très-jolie ;
Mais, laissons-là le ciel et la parfumerie :
11 est un ciel plus doux pour de tendres amants.
On entend dans la coulisie les premièréii mesures de l'air : CoeUj coeUf m<m pire; elles doivent être jouées faux et par un hautbois.
QUASIFOL.
Quels sons mélodieux I
L'air continue.
HARNALI.
Dieu! qu'est-ce que j'entends?
QUASIFOL.
Vous me régalez donc de cette sérénade?
Que cet air est charmant!
HARNALI, effrayé.
Ah I vieux singe malade !
QUASIFOL.
Je reconnais, je crois, le son de votre cor.
HARNALI, s'efforçantde sourire*
L'air continue.
C'est un de mes amis... un vrai farceur. Encor?
QUASIFOL.
Sa musique me plaît on ne peut davantage!
Je crois, à Belleville, être au bal du Sauvage. Oui, c'est le Carillon de Dunkerque.
Elle figure quelques pas de danse.
HARNALI.
Reprise de l'air.
Ah! gredin!
Il soufflera son air jusqu'à demain matin, Si je n'obéis pas...
HARNALI. il3