‹ Théâtre choisi de F.-A. DuvertChapitre 11 sur 197 · SCÈNE VHI CHARLOTTE, JOOUSSE · texte numérisé non relu

SCÈNE VHI CHARLOTTE, JOOUSSE

CHABLOTTE, kfêti.

C'est singulier ! j'éprouve un serrement de cœur... je n'avais pas encore senti ça.

JOCBISSE.

Hein, Charlotte! c'est ça un bon maître, c'est ça un fameux maître !

GEABLOTTE, pèvenae.

Oh ! oui.

JOCBISSE.

Si celui-là n'est pas aimé de sa femme, par exemple I... un homme qui ne veut pas qu'on lui parle de ce qui est cassé.

CHABLOTTE.

Oh I oui, tu as raison ; il mérite bien d'être aimé.

JOCaUfiBB, à part.

Quel dommage qu'un homme comme ça devienne imbécile... un homme si rempli de moyens! Ah! ça sera un imbécile de mérite I . . .

CHABIiOTTS, i part.

Décidément, c'est plus fort que moi, je ne peux pas rester ici ; ça me fait trop de peine. Je vas écrire à Geneviève; c'est ma payse, c'est ma parente, il faut qu'elle me trouve une place. (▲ jœriMe.) Eh bien! tu restes là?

Elle ta au secrétaire, en tire vn livre de dépeniet et une fenille de

papier i lettre ; poli l'asiied detant la table à droite, et le met à |

écrire pendant le monologue de Jocrisse. |

JOCBISSE. I

Moi, je vais faire un bout de toilette; je veux faire honneur à mon maître. Je vas aller endosser la belle livrée qu'il m'a achetée. Ah! j'aime ça, moi, les habits galonnés! on a tout de suite l'air de quelque chose. J'ai toujours eu l'ambition d'être suisse... dans une paroisse... (D'un air de regret.) Mais je n'ai pas fait mon droit.

Il prend la canne que Dutàl a déposée sur le guéridon, k gauche.

Air : Je viens devoir notre eomteue {Léoeadie). .

Oui, toul's les fois que je regarde

Ce beau suisse à graines d'épinards,

Ses bas d' eoton et son halPbarde,

J'isens des pleurs Toiler mes regards; Alors je m'dis : ah 1 si défunt mon père M^avait donné Tinstruction nécessaire.

Ah ! ah ! grand Dieu I sauf les mollets.

Il se pose graTcment, frappe deux coups par terre avec sa canne, et lève la main gauche comme s'il tenait une hallebarde.

Voilà pourtant comme je serais ! (ler,)

Ù sort par la gauche, et frappe encore deux coups de sa canne arant de

diq>araitre.

CHARLOTTE, relisant ce qu'elle Tient d'écrire.

u Ma chère Geneviève, je vous écris ces lignes

LA SGËUR DK JOGRISSE. 33

pour vous dire que je suis irès-malheureuse, et qu'il faut que vous me trouviez une place. Je ne manque de rien chez M. Duval, au contraire... mais je ne peux pas y rester, parce que je lui suis trop attachée. Quand il m'a dit qu'il allait se marier, j'ai senti que j'allais pleurer... je m'en suis cachée pour ne pas faire de la peine à monsieur, qui ne se doute de rien... mais il est grandement temps que je parte!... Ainsi, ma chère Geneviève, je compte sur vous, et de crainte que monsieur ne s'oppose à mon départ... (d'une toix piui émoe) je prendrai la diligence sans rien dire. »

JOCBISSE, rentrant par la gauche ; il a une ^este rouge galonnée

au collet.

Mais, Charlotte, monsieur t'attend pour lui nouer sa cravate.

CHAELOTTB.

y vais. (Elle met sa lettre dans le livre, et remet le tout dam le

secrétaire.) Cachous ccla, <fhe pcrsonue ne se doute de mes projets... je finirai ma lettre tantôt. (Haut.) Quand M. Duchanel et sa fille arriveront, fais-les attendre ici, et n'oublie rien de ce que je t'ai recommandé...

JOOBISSE.

Sois tranquille, ma petite Charlotte... (se redressant d'un air fier.) Comment me trouves-tu comme ça?

OHABLOTTE.

Tu es beau comme le soleil.

Elle sort par la droite.

U LA SOEUR DB iOCRISSK.

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