UNE VOIX
C'est Jocrisse !
d'autres voix.
C'est Jocrisse f c'est Jocrisse !
JOGELTNE, trèi-curieusement.
Ah ! c'est Jocrisse !
MADAME DE KERKABIOU.
Un histrion dans ma loge ! Ne regardez pas, ma fille !
Elle maintieut la fllle aaprèt d'elle au fond de la loge. Kernevel lui parle bas
et cbercbe à la calmer.
PLUCHARD, seul, sur le devant de la loge.
Oui, Messieurs, c'est moi-même, je ne vous le cache pas. Je cherche mon maître, M. Duval, un gros court, qui joue la comédie... très-mal, à ce ' qu'on dît.
DUVAL, hors de vue.
Veux-tu te taire, animal !
PLUCHARD.
Ah ! le voîlà ! je le reconnais à ses. mollets.
DUVAL
Va-t'en, tu troubles le spectacle.
UNE QUEUE ROUGE. 34i
VOIX
Non, non! laissez parler Jocrisse !
JOOELTNE.
Ah I quel bonheur !
Sa mère lui impote tilence.
PLUCHARD.
Messieurs, vous êtes bien honnêtes, salue bien la compagnie. Ah! monsieur Duval?... Figurez-vous, monsieur Duval, que madame Duval (appuyaot) votre épouse, madame Duval !
DUVAL
J'entends bien.
PLUCHARD.
Elle m'avait envoyé en commission en me faisant Tamitié de me dire : dépêche-toi de t'en aller... Je prends aussitôt mes jambes à mon cou... censément, vous comprenez bien , parce que ça ne serait pas commode pour la marche. -
11 rit.
ITADAME DE KERKABIOU.
Je suis désolée d'être ici.
Elle le lève.
JOCELTNE, à elle-même.
Pas moi !
KERNEVEL.
Écoutez.
Madame de Kerkabiou, sur lei inatances muettes de Kernevel, se rassied
bientôt.
PLUCHARD.
Ah ! j'oubliais de vous dire que je n'ai pas oublié qu'en sortant vous m'avez dit : tu mettras à la poste les lettres qui sont sur mon bureau... Je les ai prises et je les ai fourrées dans la boite toutes les trois.
342 (JNB QUSUB ROUGE.
DUVAL
Comment ça, trois? il n*y en avait que deux.
PLUCHABDk
Trois, Monsieur,* que même la troisième n'avait pas d'adresse.
DUVAL
Est-il possible !... et tu as jeté à la poste une lettre sans adresse !
PLUCHAED.
Dame, Monsieur, j'ai pensé que vous ne vouliez ' pas me faire savoir à qui vous écriviez !... — J'ai cru que vous aviez mis l'adresse dedans.
Rires et applaudistemeDU daos la salle supposée. DUVAL.
Ah ! l'imbécile I
JOOELTNE, riaat.
Ah! ah! qu'il esthète^ ce garçon.
MADAME DE KEBKABIOU.
Ne riez pas, ma fille.
PLUCHABO.
Pour en revenir... je prends donc mes jambes... où vous savez... lorsque... qu'est-ce que je vois, monsieur Duval?... qu'est-^ce que je vois, monsieur Duval?
DUVAL
Je n'en sais rien, moi.
pLuchArd.
tJn voleur qui pénfetre en catimini dans la chambre de madame Du^al !
Madame de Kerkabiou se lère et passe à droite. KeraeTel cherche en vain
à ia eàliiiëi><
DUVAL
. Un voleur chez ma femme 1
PLUOHARD.
Oui, monsieur Duval!... mais je le- connais... c'est un grand bel homme, on ne dirait jamais qu'il fait cet état-là...'
JOCELYNE, bas, à Kcrnètel.
Je voudrais bien voir sa figure.
KEBNEVEL, bas, avec iateation.
Approchez-vous.
Il retourne près de madame de Kerkabioû* Jocelyne se lève, descend doucement sur le devant de la scène et cherche à voir le visage de Pluchard.
PLUCHAED, conUnuanl.
Il a même un ruban rouge à sa redingote..! Je Tai déjà vu une fois que vous deviez aller à la campagne... Il montait à la fenêtre de Madame, mais vous êtes rentré, ça Ta fait sauver... c'est le même î
DUVAL, inquiet.
Comment ?
JOOELTKE, qui t elsayé de regarder Pluehard, à eUe-mèiue.
C'est singulier, il me semble...
DtJVAL.
Et tu n'as pas été chercher la garde? Il va se sauver 1
PLUCHABD.
Il n'y a pas de danger. Madame est très-courageuse, allez!... j'ai regardé par la serrure: elle le tenait par le cou.
Hires et applaudissements dans la salle-.
DUVATj, jetant un cri.
Par le cou!... ahl
JOCELTNE, & elle-même.
Je ne me trompe pas... (▲ madame de Kerkabtou, qui cstre-
Tenueprëi d'elle.) Maman... regardez donc...
Elle lui désigne Pluchatd et la fait passer près de loi. Mouvement de jeie
de Keraevel.
PLUCHAED.
Et il ne disait rien!... les voleurs sont joliment capons quand ils sont pris. — Ah ! madame est bien courageuse !
En disant ces derniers mots , il s'est tourné de façon à ce que madame de Kerkabioa puisse voir son profil.
MADAME DE KEBKABIOU, qui a reconnu Pluchard, avec éclat.
Monsieur Pluchard !
Elle tombe assise sur la première chaise qui n*a pas été dérangée. KEBNEYEL, feignant la surprise.
Allons donc!
MADAME DE KEBKABIOU, à Pluchard.
Est-ce bien vrai, Monsieur?
PLUOHABD, l'éloignant de la main, et sans la regarder.
Chut! (A Duvai.) Mais ce n*est pas tout, monsieur Duval.
MADAME DE KEBKABIOU, se levaot, à Pluchard.
Ah ! c'est odieux. Monsieur.
PLUOHABD, la repoussant, et toujours sans la regarder.
Sapristi, vous me troublez... laissez-moi donc! (A Duval.) Ça n'est pas tout...
MADAME DE KEBKABIOU, furieuse, à Pluchard.
Monsieur Pluchard, Saint-Amour!
DUVAL
Quoi encore ?
PLUOHABDy le retournant et apercevant madame de Kerkabiou et
Joeelyne»
Vous iei, Madame!... Mademoiselle Jocelyne!... Ahl mon Dieu!...
Mutiqae en sourdine jusqu'au baisser du rideau. DUVAL.
Quoi encore ?
. Madame de Kerkabiou marebe aree agitation.
PLUCHABD, se troublant et regardant alternativement madame de Kerkabiou et du c6té de la salle supposée.
Non, monsieur Duval, ça n'est pas... ça n'est pas tout.
MADAME DE KERKABIOU, revenant près de Pluehard.
Lever les yeux sur ma fille i... un comédien !
PLITCHABD, à madame de Kerkabiou.
Ociel!... monsieur Duval, écoutez-moi... non! (▲ Duval.) Madame... Mademoiselle... Quand je vous
aurai dit. (Murmures dams la salle, à lui-même.) Je me trompC. . . je me trompe. (\ madame de Kerkabiou, d'un ton suppliant.) Madame de Kerkabiou... (a ouvai.) Madame de Kerkabiou le tenait par le cou...
MADAME DE KEBKABIOU, scandalisée et avee éclat.
Mon nom !
Elle s'éloigne et pas»e à droite. — Murmures dans la salle. • UNE VOIX.
Il ne sait pas son rôle.
Murmures. JOOELTNE, à Plucbard.
Continuez donc 1 vous êtes si drôle !
PLUCHABD, avec effort du c6té de la salle supposée.
Monsieur Duval... j*ai fermé la porte à double tour... il est enfermé.
3i^0 UNE QUEUE ROUGE.
ICADAME DB KHBKABIOU, roTeotst prêt de Ptnekard.
Oser me nommer en public !
PLUCHABI), sopplianty à madame de Kerkabion.
Et je VOUS apporte la clef.
VOIX, dans la Mile supposée.
A bas Jocrisse I à bas Jocrisse !
PLUCHABiy.
On murmure... Madame... (Mumittres. — u m to«niê rers la salle.) Monsicur Duval... ne me condamnez pas... j'adore votre fille...
Madame de Kerkabiou s'éloigne encore à droite, el semble^ dire à Kernevel de demander son châle à l'oaTreuse. KameTel va en effet à la porte de la loge.
VOIX
A bas!... à la porte!... assez!... assez!...
^mniille.
JOCELYNE, riant, en regardant Pluchard.
Ah! ah!... C'est là ce qu'on appelle une queue rouge !
PLUCHARI), suppliant.
Mademoiselle Jocelyné...
MADAME DE KERKABIOU, à Pluchard, en faisant passer sa fille à sa
gauche.
Tout est fini entre nous, Monsieur.
PLUCHARD.
Ah ! . . . (Murmures. Il fait des efforts pour parler an public.) Jc VOUS apporte la clef. . . (Murmures croissanls. — Il tombe sur un siège.) J6
VOUS apporte... la clef...
Pendant ce temps, l'ouvreuse a apporté le châle et l'écharpe et a aidé
les dames à s*en rcTètir.
JOOELTKE, regardant Piuchtrd.
Qu'a-t-il donc?
UJNE QUEUE HOUGË. 347
MADAME DE KEBKABIOU, senlencieusement.
Il est juste, ma fille, que chacun soit traité comme il mérite de l'être.
Geste suppliant de Pluchard à madame de Kerkabiou. KERNEVEL, venant près de Pluchard, cl avec force.
Oui, Monsieur.
Grand tnmulte, det écorces d'oranges et d'autres objets, jetés de ta salle,
viennent frapper Kemevel à la 6(pue,
MADAME DE EEBKABIOU.
Ah! sortons! sortons I...
Pluchard se lève.
KEJINEVEL.
Oui, sortons I
il sort avec madame de Kerkabiou. — Jocelyne reste la dernière et rit aux éclats, en regardant Pluchard qui a l'air de la supplier. — Une grande quantité d'éoorees d'oranges viennent frapper Pluchard. — Jocelyne, qui est sur le point de sortir, se retourne encore vers Pluchard, pousse un nouvel éclat de rire et sort.
PLUCHABD, se relevant désespéré.
Queue rouge ! (Arrachant sa perruque de Jocrisse et la jetant à
terre.) Queue rouge ! . . .
Le tumulte redouble dans la salle. — Le rideau tombe.