SCÈNE Xt PLUCHARD, JOCELYNE, LOÏC
LOÏC, faisant entrer Jocelyne qui eat tremblante.
L'orage est passé... n'ayez pas peur I
Il va chercher un siège pour Jocelyne.
PLUCHARD j allant vivement à Jocelyne, avec un grand retpecL Venez, Mademoiselle, venez... (prenant des maint de Loîc
un Biége.) Nou, Loïc, c'cst à moi, à moi seul... de servir nlàdemoiselle Jocelyne, et je suis trop honoré...
Il approche la chaise; Jocelyne refuse avec un geste gracieux ; alors Pluchard fait un ligne à Lotc, qui reporte la chaise au fond et sort pat la gauche.
JOCELYNE, touchée.
Monsieur Pluchard !
PLUCHABD, plein de oonfasion.
Âhl Mademoiselle!... moi qui suis de Nantes... j'ai agi envers vous comme si j'étais... des environs...
JOCELTNE.
A quoi bon rappeler?
PLTICHABD.
Pour m'en souvenir; car je veux employer ma vie à effacer ce qu'il y a d'abominable dans ma conduite... vous qui méritez d'être honorée comme une madone...
JOCELYNE.
Oh!
PLUCHARD, viTcment, Comme une madone î (Cegte de modestie de Jocelyne.) Oh !
VOUS pouvez m'injurîer, je ferai chorus avec vous... allez, commencez, came fera plaisir...
Il se croise les bras.
JOCELYNE, arec grâce.
L'accueil que vous me faites en ce moment m'a fait oublier l'autre...
PLUCHAIO), vivement.
Oublier I (à part.) Faut-il qu'elle soit bonne !... (Haut.) Ah! Mademoiselle... faut-il que vous soyez... (chan-
géant tout à coup d»intention.) NOU, VOyCZ-VOUS, j*ai VOUlu
faire de la dignité avec vous , et j'ai été bête comme un animal que je suis!... de la dignité!... un comique! je suis sorti de mon emploi et j'ai été stupide! (Afec simplicité et expression.) Voudriez-vous accepter quelque chose... avec un peu de sucre... (u se dirige vers la
console à ganehe et reTentiit i Jocelyoe.) Du vill... Ordinaire,
dans un verre... ordinaire?
JOCELTKE, touchée et itcc grâce.
Merci !
PLUCHAED.
Bien vrai?
Bien vrai !
JOCELTKE, gracieuiement.
PLUCHABD.
Mais comment se fait-il donc, mon Dieu, que vous ayez pris la résolution, si contraire aux idées de votre famille, d*entrer au théâtre?
JOCBLYNE.
C'est bien simple, M. Kernevel avait, à ce qu'il parait, des prétentions à ma main (aTec méDagemeDt) et un des moyens qu'il employa contre vous, fut cette... rencontré au spectacle...
PLUCHABD.
Je sais le reste... je puis même dire : j'ai reçu le reste!... passons!...
JOCBLYNE.
Non, Monsieur, souffrez que j'en parle; car je vous
ai paru cruelle... (Geste afOrmatif de Pluchard.) Je Tai blCH
senti depuis... et cependant, je n'étais que folle, étourdie... c'était la première fois que j'entrais dans une salle de spectacle ; tout y était pour moi un objet de surprise et d'amusement... mais sans méchante
intention. . . (MouTement de surprise de Pluchard.) Oh ! ... jC VOUS le jure... (joie muette de Pluchard.) Et pOUPtaUt, j'ai bcSOin
de votre pardon...
PLUCHABD.
Oh!
Il étend les mains sur la tête de Jocelyne avec une émotion comique.
JOCELTNE.
M. Kernevel crut son triomphe assuré... il demanda ma main... je la lui refusai... et mon refus devint la cause de notre ruine. %
JOCELYNB.
Mon père nous avait légué des dettes mal définies envers la famille Kernevel... Après mon refus de l'épouser, M. Kernevel nous fit un procès... il était avocat... il gagna. Ma mère vint à Paris pour y suivre rappel du jugement, espérant qu'il serait cassé.
PLUCHABD, tiTement.
Kernevel?
JOCELYNE.
Le jugement.
PLUCHABD.
Ah 1 c'est dommage.
JOCELTNE.
Il n'en fut rien.
PLUCHAUD, avec regret.
Ni l'un, ni l'autre, alors? Ah! la justice!... pourquoi a-t-elle une balance, cette femme-là? Il est vrai qu'on ne voit jamais rien dedans. Continuez!...
JOCELYNE.
Nous étions sans ressources... bientôt ma mère, vaincue par le chagrin, tomba malade... elle est infirme, Monsieur...
PLUCHABD, avec chagrin.
Allons... bon... il ne manquait plus que ça.
JOCELYNE.
Je cherchai desécolières de musique... c'est chez
Tune d'elles que je vis Thonnète homme qui dirige votre théâtre, il m'oifrit un engagement, j'acceptai .. pour ma mère.
PLnOHABI), tooehé.
C'est bien, ça... c'est ma foi... bien !
JOCBLYNB.
Mais j'attendais tout de la bienveillante protection de votre directeur... (Ayee chagrin.) Elle me manque maintenant.
PLUCHABD, avec simplicité.
Et vous avez compté sur moi?
JOCBLYNB.
On me l'avait fait espérer, du moins.
PLUCHABD.
Mais, ma pauvre demoiselle, je n'appartiens plus au théâtre... je le quitte dans huit jours,
JOGBLTISrB, avec douleur.
Ah!
PLUCHABD.
J'ai rompu, parce que je ne veux pas avoir de rapports avec ce Kernevel..,
JOCBLYNE, dioulooreviemeiil.
Vous avôz raison, mais moi, j'ai ma mère... il faut que j'y reste... sans guide et sans appui contre un danger qui me menace.
PLUCHABD.
Un danger?
JOCBLYNS.
L'habilleuse vient de m'apporter le costume que je dois revêtir ce soir pour mon début, et, dans ce costume, j'ai trouvé une lettre.
PLUOHARD, tWement.
Une lettre? dans un costume? Au fait, c'est moins étonnant que si le costume était dans... Et de qui?
JOCELYNE, lui remettant la lettre.
Elle n'est pas signée.
PLUCHARD.
Ah! la vilaine écriture... (Lisant.) « Quelqu'un qui vous aime et qui désire être aimé de vous, vous jettera, ce soir, un bouquet... Si, après l'avoir ramassé, vous en respirez le parfum, ce sera un consentement à combler tous ses vœux ! » — Ah'I le polisson... ah I le chenapan... mais vous ne le flairerez pas.
JOOELYNB.
Et si ce jeune homme... car je suis sûre que c'est un jeune homme.
PLUOHABD.
C'est vraisemblable... quoique...
JOCELYNB.
S'il me siffle, moi qui suis si inexpérimentée... si peu sûre de moi...
PLUCHABD, vlYemcnt.
Vous siffler, vous?... mais je saute sur lui, je le découpe, et je vous apporte ses débris... ce sera afl'reux...
JOOELYNB.
Ah!...
PLUOHABD.
Mais ne craignez rien... je vous soutiendrai... je vous encouragerai... je veux que vous soyez applaudie, et vous le serez...
JOGSLTKE, avec bonheur
Ah! Monsieur...
PLUCHARD.
Air : Restez ^ restes, troupe jolie.
Je Tois dUci la salle entière
Sourire au talent gracieux ;
Vos premiers pas dans la carrière
Seront des pas victorieux :
Croyez-en mon cœur... et vos yeux.
Avec un sentiment de crainte bienveillante «
Mais cette carrière profane
Où, ce soir, vous vous élancez...
Avec force.
C'est un bagne!...
Mouvement d'eflroi de Jocelyne ; Pluchard reprend d'un ton prophétique.
Où je vous condamne
A vingt ans de bravos forcés !
JOCELYNE.
Ah 1 Monsieur, quel espoir vous me donnez là !
PLUCHARD.
Vous verrez!... levais vous faire répéter... ici... mais, pour vous familiariser avec votre personnage, mettez-en le costume... c'est très-important !
JOCELYNE.
Oui, mais plus tard, si ce monsieur me persécute... vous ne serez plus au théâtre... et alors...
PLUCHARD, vivement.
Mais j'y serai ! oh I j'y serai ! Vous courez un danger, et je vous abandonnerais? Ce serait lâche et petit! Pour déjouer tous les projets, je veillerai comme une duègne espagnole, comme une affreuse vieille femme; je vais contracter un nouvel engagement.
JOCELYNE.
Ah ! Monsieur, que vous êtes bon !
PLUCHARD.
Bon?... Âhl ben oui... vous ne me connaissez
guère... Bon?... (Il va agiter une sonnette, qui est sur la console de
gauche.) Mais c*est comme ça; parce qu'on ne veut pas être méchant, on passe pour bon ; c'est déplorable ! Allez vous habiller, allez !
. Loïc entre par la gauche.
JOGELYKE, avec reconnaissance.
J'y vais, Monsieur, j'y vais.
Elle passe près de Loïc.
PLUCHAUD.
Loïc, tu diras à Sophie d'accompagner mademoiselle Jocelyne, et de l'aider à sa toilette.
JOCELYNE.
Merci ! merci I
Elle Ta à la porte de gauche.
LOÏC, à Jocelyne.
Qu'est-ce que je vous avais dit?
Ils sortent par la porte de gauche.