SCÈNE iPREMIÈRE
ROSE, seule.
Il n'y a que quinze jours que je suis dans cette maison-ci, et je m'ennuie déjà à Auteuil comme si j'y étais depuis quinze ansl... D'abord, monsieur, qui a cinquante-cinq ans, et qui m'a l'air d'un vieux farceur, profite toujours de ce que madame a les talons tournés pour me conter un tas de fariboles! Il me donne de petites tapes sur les joues en ricanant. C'est pas qu'il soit vilain, il est bien dans ce qu'il est; c'est un gros réjoui... Mais, c'est drôle, je n'ai jamais pu me rendre compte de ça, j'aime mieux les jeune-homme. Et j'ai bien tort, à la manière dont Cotillard agit envers moi, rester des huit jours sans me donner de ses nouvelles. Ah!
Air de V Apothicaire,
Quand j* pense à c* coquin d' Cotillard, A ses procédés condamnables,
El qu' Je r compare à ce vieillard, J* dis qu* les anciens sonl plus aimables; Du moins, pour plaire ils font des frais, Et l'on trouv' du feu sous les cendres.
Les homm's, c'est 1' contrair' des poulets :
C'est les vieux qui sont les plus tendres.
Quoique ça, je lui ai écrit de venir déjeuner ce matin. Madame est partie avant-hier, samedi, pour aller passer deux jours chez sa sœur, à Bellevue. De son côté, monsieur m'a dit qu'il me donnait campo pour toute la journée de lundi, de manière que Cotillard et moi nous aurons tout le temps de jaser. Mais viendra-t-il? Il est fier, lui, un teneur de livres... Ah ! j'ai choisi trop au-dessus de moi, mais j'ai toujours eu un faible pour les hommes qui ont des
gants. (Go entend sonner.) On SOUnC ! (Elle court à la fenêtre.)
C'est lui! (Haut.) Tournez le bouton, Cotillard, la porte est ouverte, (a eUe-même.) J'étais sûre qu'il viendrait; oh I il m'aime encore i