SCÈNE III COTILliARD, «eu/, se secouant
Suis-je trempé! (U aperçoit anebrone sur legaéndoa.) Ah!
voici une brosse qui me tombe du ciel, (ii m broise.] Autrefois, c'était de la manne qui venait de là; aujourd'hui, ce sont des brosses : tout est changé.
(Il 6te son habit, l'étend sar ua siège auprès de la table et continue son monologue, la brosse à la main et en s'essuyant de temps en temps.) Me VOici
donc à Auteuil! Parbleu! Tévénement qui m'y a conduit est fantastique : hier, c'était la fête à Villed'Avray; j'avais promis à Nathalie de l'y conduire, unemodiste charmante, quej'aime... que j'aimais!... à en perdre la tête... mais, réflexions faites, je suis parti tout seul. Je prends le chemin de fer, et j'arrive à Ville-d'Avray avec la rapidité d'un oiseau... qui serait venu à pied. J'ai toujours eu un penchant assez prononcé pour les joies de banlieue; je me livre donc à la danse... Ah! sacrebleu! je m'en suis donné. J'étais mort! j'avais dansé trois fois avec une femme charmante, vingt ou vingt-deux ans, tournure gracieuse, maintien modeste, langage fleuri, pinçant du subjonctif avec une grande distinction, un peu fluette; j'en suis fâché, car je ne déteste pas les fortes femmes ; je n'ai jamais pu envisager la statue de la ville de Marseille, sur la place Louis XV, sans être... troublé, mais c'est un objet d'art, je me prie de ne point songer à cette* chimère. Cette dame était là en famille, avec sa sœur et un vieux monsieur, qui, je crois, est le beau-frère, triplement décoré de
cheveux blancs, d'un ruban de la Légion d'Honneur et d'un nez du même ordre, si j'en dois juger par sa couleur. J'avais déjà hasardé quelques galanteries avec ma danseuse lorsque, pendant la pastourelle, voilà un orage... qui fond sur nous!... Un orage un jour de fête! (D'un air de dédain.) Mais l'autorité est si insouciante! Il était onze heures du soir, les vents avaient dispersé et éteint les lanternes, la famille de ma danseuse avait disparu dans la tourmente. Nous étions dans l'obscurité la plus complète, cette dame jetait des cris de désespoir. — Madame, lui dis-je, avec une certaine grâce, il n'y a aucun coucou à espérer à l'heure qu'il est, daignez accepter mon bras... — Monsieur, me répondit-elle, je suis touchée de votre délicatesse, mais je ne demeure pas à Villed'Avray. — Eh ! que m'importe, Madame ! demeurassiez-vous à Calcutta ou aux îles Baléares... — Ah! Monsieur, je ne demeure pas si loin. J'avoue que je le pensais ..Bref, elle accepte en tremblant, et nous voilà en route. On dit que l'obscurité encourage les amants, c'est possible ; mais quand on est mouillé jusqu'aux os... aussi je n'ai jamais bien compris comment les poissons multipliaient d'une façon si extravagante. Après deux heures de marche, nous arrivons à Bellevue (c'est là qu'elle demeure), j'espérais me ressuyer un peu dans les bras... de sa famille, lorsque, crac! elle me ferme la porte au nez, à une heure du matin ! par une pluie battante ! dans un pays dont j'ignore la topographie ! et il faisait noir que le diable aurait marché sur sa queue!... Que faire? j'étais dans la situation de Noé pendant le déluge... et je n'avais pas d'arche! Je cherchais
partout un asile, une pierre pour reposer ma tète, j'en trouve une, je m'assieds dessus... Fatalité I cette pierre était concave, la pluie en avait fait une cuvette ; je me relevai immédiatement, mais trop tardl Enfin, le jour parut, et j'en profitai pour revenir à Paris, lorsque voulant allumer mon cigare à Sèvres... oh! bonheur! je reconnus dans le papier qui brûlait la lettre d'invitation de Rose, qu'elle avait datée du 21 août 18042 (voilà un zéro un peu aventuré, par exemple!) ; n'importe ! l'intention est bonne, et ma foi, je me dirigeai sur Âuteuil, village poétique, illustré par Boileau et La Fontaine , deux noms qui sont assez en harmonie avec la situation aquatique où je me trouve. M'y voici (ii reprend sonhabu] exténué de fatigue, de faim, et n'ayant pour tout souvenir de ma nuit que l'expectative d'un rhume, et ce mouchoir que ma belle compagne de route m'avait prêté pour abriter mon chapeau, et que j'ai oublié de lui rendre. Oh! je donnerais je ne sais quoi pour savoir le nom de cette ingrate! (n regarde le coin du mouchoir.) Un A et un />, qui diable ça peutil être?...
Âia : Ouit pour rester sage.
Ce chiffre slupide N^a rien de lucide ; On peut, sur ce guide, Se tromper vingt fois.
Est-ce Anna Dervière ?
Aglaé Dorgère ?
Agathe Dampierre ?
Alix Dusauchois ?
Augusta Défroque ?
Atala Delboque ?
Amanda Dufloque ? .
Anaïs Darras ?
Est-ce Âuror' Debraine?
Angéliqu* Duchêne ?
Antoinett* Dufréne?
Gomme pir iiupiration.) Ah !
Alexandr' Dumas?
(Kn riant.) Oh ! qu'cst-ce que je dis? c'est bête !
Dans les A, dans les D, Égaré, non guidé^ JUnterrog' oe mouchoir
Sans rien savoir.
Pour avoir ce secret^ V donnerais tout sans regret, Mém* o*t habit d' drap d^Elbeuf...
Pour un tout neuf 1
Il remet son habit.