‹ Théâtre choisi de F.-A. DuvertChapitre 194 sur 197 · SCÈNE XY · texte numérisé non relu

SCÈNE XY

DURANDIN, COTILLARD.

DURANDIN, à lui-même.

Ma femme ne se doute de rien; rejoignons ce malotru.

COTILLARD, exaspéré.

Ah ! décidément, cette omelette est un feu follet.

DURANDIN

/ Je suis là. Monsieur.

COTILLARD.

Moi aussi.

DURANDIN

Alors, nous sommes là tous les deux.

COTILLARD.

C'est la remarque douloureuse que je faisais. Après?

' DURANDIN

Comment? après! D'abord, Monsieur, je vous prie de ne point manger chez moi.

COTILLAED.

Oh! chez vousl chez vous! c'est ce qu'il faudra voir.

DUBANDIN, élevant la voix et forçant Gotillard de quitter la table.

Oui, chez moi. Ma maison n'est point un restaurant.

COTILLARD.

A qui le dites-vous, sacrebleu !

Cotillurd met par distraetioa sa serviette dans sa pocbe , comme il y a mis

les deux premières.

DUBANDIN, l'arrêtant et s'emparant de la serviette.

Permettez, permettez... Cette serviette est à moi, Monsieur. Vous vous êtes introduit ici frauduleusement, et je ne serais nullement fâché de savoir qui vous êtes.

COTILLARD, avec aplomb.

Membre correspondant de la Société des Enfants d'Apollon.

DURANDIN

Ce n'est pas une position sociale, et cela ne me dit point quel motif vous amène. :

COTILLARD.

L'amour, Monsieur.

Comment, l'amour?

COTILIjARD, avec force.

Oui, l'amour, l'amour; mais vous ne le connaissez pas, vous ; vous ne savez pas ce que c'est que l'amour...

DURANDIN

Pardonnez-moi : un petit blond, bouclé; un petit va-nu-pieds qui a des ailes et une arbalète... d'une

L'OMËLEITE FANTASTIQUE, 44i

main il caresse, et de Tautre il déchire... En terre cuite.

COTILLAED.

Eh bien! oui, c'est Tamour qui m'amène.

DURANDIN

Et pour qui, s'il vous plaît?

COTILLARD.

Pour une femme, bien entendu !

DURANDIN

Laquelle?

Cotiliard tire de &a poche une serviette qu'il prend pour son mouchoir

et s'essuie avec.

DURANDIN, s'en emparant.

Encore !

COTILLARD, surpris.

Tiens! tiens!... Oui, Monsieur, pour une femme, et je vous trouve bien hardi, dans la position où vous êtes placé avec la modiste, d'oser me questionner sur ce chapitre délicat, (a part.) Il est bon, le monsieur !

DURANDIN, hors de lui.

Monsieur !

COTILLARD.

Oui, je le répète, pour une dame (ii tire de sa poche la

troisième lervieltei qu'il prend encore pour son mouchoir) et je déclare

à tous les échos que vous la fatiguez, cette dame... que vous l'ennuyez...

DURANDIN, sautant sur la serviette.

Encore une! Vous avez donc fouillé dans mes armoires ?

COTILLARD, tout surpris, ë lui-même.

Décidément, on en a bourré mes poches! ..

DXTRÂKDIN.

Quelle abomination ! Sortez !

OOTILLABD.

C'est à vous de sortir ! Ah I ah !

DUBANDIK.

A moi? Ah!

Il pose sur le guéridon les serviettes qu'il avait successÎTement placées

sur son bras gauche.

Al A : AA/ c*€tt trop fort,

Ah I c'est trop fort, oui, c'est abominable!

Quoi ! me chasser de ma propre maison !

Mais quel est donc ce petit misérable?

Ce furieux a perdu la raison 1

ENSEMBLE. \ COTILLARD.

Ah ! c*est trop fort , oui| c^est abominable I Sortez, Monsieur, sortes de la maison !

Oui, je connais votre projet coupable, Et dans Tinstant vous m*en rendrez raison !

Oui, vieux farceur, oui, vieux Sardanapale, Voici ma cart'...

DURÂNDIN.

Voilà la mienne aussi !

Ils échangent leurs cartes. Madame Durandin arrive an bruit.

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