SCENE V
Les Mêmes, GORNARO, sortant d*une trappe soutennine.
CORNARO, d'un air furieux.
Je veux en être, moi I... l'on osera peut-être Finir un mélodrame en Tabsence du traître!
Pardon si je le dis; mais c*est fort idiot, Suis-jc un père Sournois, Cassandre ou Goriot? Suis-je donc un hors-d'œuvre, un inutile article ? Une cinquième roue ajoutée au tricycle?
Ma femme se marie... ah! parbleu! c'est fort neuf; Sans mon consentement!
Vous vouliez être veuf.
Voilà, selon vos veux, les choses arrangées.
Vous n'aurez dans neuf mois qu'à payer les dragées.
CORNARO, serrant la main de Malaga.
Ah! vous me convainquez!... et sans crier haro! J'y consens... aussi vrai que je suis Gornaroi
126 CORxNARO.
Mais mon vieux bêta d'homme, êtes-vous en démence?
CORNÀRO, d'un air sentimental.
Il faut toujours finir ainsi que Ton commence... Au lever du rideau, je n^étais pas très-fin, Je fus sot au milieu, je suis bête à la fin.
HALA6A, d'un air inspiré.
Écoutez mes conseils! qu'ils vous soient profitables!
CORNARO, étonné.
Quoi donc ?
Sollicitez un lit aux Incurables.
Cornaro fait un moaTement pour sortir, Malaga le retient.
Vous y verrez un couple à vos destins uni.
Le vieux de Marion et le vieux d'Hernani.
CORNARO, d'un air étonné.
Mes cousins ! qu'on s'embrasse et que tout ça finisse î Épousez mon épouse.
Il offre une prise à Molleffo et à Castorine, qui éternuent.
Et que Dieu vous bénisse I
Il les bénit. L'orchestre joue l'air : Oà peut-on êlre mieux? MALAGA, an public.
Messieurs! voici la chose! au théâtre voisin, On a fait de cet homme un curieux coquin ; Ce farouche est censé tyranniser Padoue, Lorsqu'au fond, de lui seul tout le monde se joue. Chacun le fait aller, ma parole d'honneur. Comme l'on fait aller un pauvre rémouleur.
Castorine, Cornaro et Molleffo rient.
Comment se fait-il donc que la foule s'y porte ? J'en conviendrai. Messieurs, l'objection est forte ; C'est que, pour faire admettre une absurde action. Le drame s'est placé sous l'invocation De deux noms protecteurs, anges de notre scène, C'est sainte Kettybell et sainte Célimène.
La critique à leur vue expire sans écho :
On voit Mars et Dorval; on oublie Angclo.
Enfin, résumons-nous, et malgré vos malices, Faut-il le voir ce drame ?
Allez voir les actrices,
Au public.
Et VOUS aussi ! pourtant revenez dans ces lieux, Parodistes hardis de talents gracieux.
Heureux si nous pouvons, effeuillant leur couronne, Recueillir quelques-uns des bravos qu'on leur donne!