ACTE III, SCENE VI
Pouvoir dire : « Ce bras a servi Venceslas » , N'est-ce pas un loyer digne de cent combats?
Le Roy.
Non, non, quoy que je doive à ce bras indomptable, C'est trop que vostre roy soit vostre redevable; Ce grand cœur, refusant, interesse le mien, Et me demande trop en ne demandant rien. Faisons, par vos travaux et ma recognoissance, Du maistre et du sujet discerner la puissance; Mon renom ne vous peut souffrir sans se souiller La générosité qui m'en veut dépouiller.
Le Duc.
N'attisez point un feu que vous voudrez éteindre, J'ayme en un lieu. Seigneur, où je ne puis atteindre, Je m'en cognois indigne, et l'objet que je sers. Dédaignant son tribut, desadvoùeroit mes fers.
Le Roy.
Les plus puissans Estats n'ont point de souveraines Dont ce bras ne mérite et n'honorast les chaisnes; Et mon pouvoir, enfin, ou sera sans effect, Ou vous répond du don que je vous auray fait.
Le Prince, bas.
Quoy! l'hymen qu'on dénie à l'ardeur qui me presse Au lict de mon rival va mettre ma maistresse?
Le Duc.
Ma défense à vos loix n'ose plus repartir.
Le Prince.
Non, non, lasche rival, je n'y puis consentir.
Le Duc.
Et, forcé par vostre ordre à rompre mon silence, Je vous obeiray, mais avec violence.
Certain de vous déplaire en vous obéissant