ACTE IV, SCENE IV. i
Je me confonds, Seigneur, et ne vous puis rien dire.
Le Roy.
D'un trouble si confus un esprit assailly Se confesse coupable, et qui craint a failly. N'avez-vous point eu prise avecque vostre frère ? Vostre mauvaise humeur luy fut tousjours contraire, Et si pour l'en garder mes soins n'avoient pourveu...
Le Prince.
M'a-t'il pas satisfait? Non, je ne l'ay point veu.
Le Roy.
Qui vous réveille donc avant que la lumière Ait du soleil naissant commencé la carrière?
Le Prince.
N'avez-vous pas aussi précédé son réveil ?
Le Roy.
Ouy, mais j'ay mes raisons qui bornent mon sommeil. Je me voy, Ladislas, au déclin de ma vie, Et, sçachant que la mort l'aura bien-tost ravie, Je dérobe au sommeil, image de la mort, Ce que je puis du temps qu'elle laisse à mon sort ; Prés du terme fatal prescrit par la nature, Et qui me fait du pied toucher ma sépulture, De ces derniers instants dont il presse le cours, Ce que j'oste à mes nuits, je l'adjouste à mes jours. Sur mon couchant, enfin, ma débile paupière Me mesnage avec soin ce reste de lumière; Mais quel soin peut du lict vous chasser si matin , Vous à qui l'âge encor garde un si long destin ?
Le Prince.
Si vous en ordonnez avec vostre justice. Mon destin de bien prés touche son précipice ; Ce bras (puisqu'il est vain de vous déguiser rien)
i56 VENCESLAS.
A de vostre couronne abbattu le soustien;
Le duc est mort, Seigneur, et j'en suis l'homicide.
Mais j'ay deu l'estre.
Le Roy.
O Dieu ! le duc est mort, perfide !
Le duc est mort, barbare, et pour excuse, enfin, Vous avez eu raison d'estre son assassin! A cette épreuve, ô Ciel, mets-tu ma patience?