‹ Théâtre choisi de J. de Rotrou (volume 2)Chapitre 118 sur 183 · THEODORE, LEONOR · texte numérisé non relu

THEODORE, LEONOR

Théodore.

DE quel air, Leonor, a-t'il receu ma lettre? D'un air et d'un visage à vous en tout promettre. En vain sa modestie a voulu déguiser, Venant à vostre nom, il l'a fallu baiser, Comme à force imprimant sur ce cher caractère Une marque d'un feu qu'il sent, mais qu'il veut taire

Théodore.

Que tu prends mal ton temps pour esprouver un cœur Que la douleur esprouve avec tant de rigueur ! J'ay plaint la mort du duc comme d'une personne Nécessaire à mon père et qui sert sa couronne ; Et^ quand on me guérit de ce fascheux rapport Et que j'aprends qu'il vit, j'aprends qu'un frère est mort !

i66 VENCESLAS.

Encor, quoy que nos cœurs eussent d'intelligence, Je ne puis de sa mort souhaiter la vengeance; J'aymois esgalement le mort et l'assassin, Je plains esgalement l'un et l'autre destin : Pour un frère meurtry ma douleur a des larmes. Pour un frère meurtrier ma fureur n'a point d'armes; Et, si le sang de l'un excite mon courroux,

Celuy Mais le duc vient; Leonor, laissez-nous.

[Leonor s'en va.)

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