ACTE V, SCENE VI. lyS
Et condamne l'arrest dont ma douleur vous presse, Suspendent en mon sein cette ardeur vengeresse , Et me la font enfin passer pour attentat Contre le bien public et le chef de l'Estat. Je me tais donc, Seigneur; disposez de la vie Que vous m'avez promise et que j'ay poursuivie. Au deffaut de celuy qu'on te refusera, J'ay du sang, cher amant, qui te satisfera.
Le Roy.
Vous ne pouvez douter, Duchesse, et vous, Infante, Que, père, je voudrois répondre à vostre attente; Je suis par son arrest plus condamné que luy. Et je prefererois la mort à mon ennuy; Mais d'autre part je règne, et, si je luy pardonne, D'un opprobre éternel je souille ma couronne ; Au lieu que, résistant, à cette dureté Ma vie et vostre honneur devront leur seureté ; Ce lyon est dompté, mais peut estre. Madame, Celuy qui, si sousmis, vous déguise sa fîame. Plus fier et violent qu'il n'a jamais esté. Demain attenteroit sur vostre honnesteté; Peut estre qu'à mon sang sa main accoustumée Contre mon propre sein demain seroit armée. La pitié qu'il vous cause est digne d'un grand cœur; Mais, si je veux régner, il l'est de ma rigueur. Je vous doibs malgré vous raison de vostre ofîence Et, quand vous vous rendes, prendre vostre deffence. Mon courroux résistant et le vostre abbatu Sont d'illustres effects d'une mesme vertu.