SCENE IL
MARDESANE, COSROÉS, SYRA, HORMISDATE, Gardes.
CosROÉs, à Mardesane.
Venez, l'Estat lassé de ployer souz ma loy. Et mon propre repos, nous demandent un roy. Prince, allons-le donner, et consultez vos forces.
Mardesane, bas.
Funeste ambition, cache-moy tes amorces!
CoSROÉS.
Mes jours prests d'arriver à leur dernière nuit, Et l'incommodité qui les presse et les suit. Et qui bien-tost m'appelle au tribunal céleste , Souffrent qu'à mon empire, après ma mort, je reste. Les travaux et les soings, qui m'ont tant fait vieillir, Ne peuvent toutefois entier m'ensevelir;
2o8 COSROES.
Malgré l'effort du temps et de mes destinées, J'ay par qui prolonger ma gloire et mes années; Par qui, las de régner, voir le règne suivant Me le perpétuer et renaistre vivant; Par qui, laissant l'Estat, en demeurer le maistre ; Et c'est vous, Mardesane, en qui je veux renaistre. Soustenez bien le bras qui vous couronnera. C'est un pris que je dois à l'amour de Syra; Remplissez dignement le trosne et nostre attente, Et représentez bien celuy qui vous présente.
Mardesane.
Je suis à vous, grand prince, et je serois jalous Qu\in autre eust plus de zèle et plus d'ardeur pour vous; Je sçay ce que je dois à vostre amour extrême, J'en ay le tesmoignage et le gage en moy-mesme Et, quand dés le berceau vous m'auriés couronné, En me donnant le jour vous m'avez plus donné : A quoy donc puis-je mieux en employer l'usage Et destiner mes soins qu'au soustien de vostre âge? Occupez-les, Seigneur, j'en seray glorieux. Le faix de vos travaux me sera précieux ; Mais, m'en donnant l'employ, demeurez-en l'arbitre. Commettez le pouvoir, mais retenez le titre; Ou, si vous despoûillez le titre et le pouvoir, Voyez qui justement vous en devez pourvoir. Par la loy de l'Estat, le sceptre héréditaire Doit tomber de vos mains en celles de mon frère : Comblez-le des bontez que vous avez pour moy.
CosROÉs.
La loy qu'impose un père est la première loy.
Syra.
Vains sentiments de mère, importune tendresse!