‹ Théâtre choisi de J. de Rotrou (volume 2)Chapitre 152 sur 183 · SCENE III · texte numérisé non relu

SCENE III

SYROÉS, COSROÉS, MARDESANE, SYRA, HORMISDATE, Gardes.

Syroés.

Quel bruit s'esmeut, Seigneur, et s'espand à la cour? Quelle aveugle fureur, quelle invincible hayne. Me fait tousjours l'objet des plaintes de la reyne? J'esprouve et j'apprends trop combien vous l'estimez, Pour manquer de respect à ce que vous aymez; Si sa mémoire en veut estre un tesmoin fidelle, Elle sçait à quel poinci je vous honore en elle; Et j'aurois mille fois deû vaincre ses rigueurs. Si les sousmissions s'acqueroient tous les cœurs. S'il n'esioit messeant de vanter mes services. Je luy pourrois citer, entre autres bons offices, Le sang que me cousta le salut de son fils,

212 COSROES.

N'aguiere enveloppé dans les rangs ennemys : Prince, il vous en souvient; vous le savez, Madame.

Le souvenir m'en reste au plus profond de l'âme.

Ce reproche est fréquent et nous l'apprend assez ; Mais je puis l'ignorer quand vous me menacez, Et douter que pour luy vous l'ayez deû respandre, Alors que dans mon sein vous le voulez reprendre.

Syroés.

L'exploict seroit illustre et bien digne de moy; Et vous me mettriez bien dans Pestime du roy Si ce lasche rapport obtenoit sa créance ; Mais en son sentiment j'ay plus de confiance.

Syra.

Le coup dont Mardesane a diverty l'effort Partoit d'une ame lasche, et non pas ce rapport.

Syroés.

Contre cette imposture, ô Ciel ! pren ma deSense.

Syra.

Vous voyez s'il profère un mot qui ne m'offense.

Syroés.

Vostre fils, qui s'en taist, sert mal vostre désir. Et...

Cosroés, s'en allant.

Nous apprendrons tout avec plus de loisir. Je fais un tour au camp pour un soin qui m'importe ;

[Sardarigue entre avec des gardes.) Cependant recevez l'ordre qu'on vous apporte. Prince, c'est de ma part.

{La Key ne, sortant, regarde Syroés avec orgueil.)

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