SCENE PREMIERE
SYRA, HORMISDATE.
Syra.
ENFIN, selon mes vœux, malgré la loy persane, Au trosne de Cyrus j'ay placé Mardesane; Palmyras, par mes soins démis de ses emplois. N'a pu par son crédit m'en contester le chois , Et j'ay mis en estât de ne luy pouvoir nuire Tous les intéressez qui le pouvoient destruire; Par nos ordres, sur tout, Syroés arresté Ne peut mettre d"'obstacle à nostre authorité; Et Mardesane, enfin, successeur d'Artaxerce, Règne et fait aujourd'huy le destin de la Perse.
HORMISDATE.
Madame, pardonnez si je vous le redy, Vous venés d'achever un projet bien hardy; Vous cognoissez mon cœur, plaise auxdieux que l'issue En soit telle en effet que vous l'avez conceuë.
2i6 COSROES.
Mais, si mes sentiments ont chez vous quelque accez, Je voy de grands périls dedans ce grand succez; Un Estât si zélé pour ses rois légitimes Voir sans y répugner destruire ses maximes! Voir un gouvernement où tous ont interest Passer sans fondement dans les mains qu'il vous plaist, Et sans ressentiment pouvoir souffrir des chaisnes Sur celles qui, par droict, doivent tenir ses resnes! Prendre sans bruit tel joug qu'il vous plaist luy donner, C'est ce que ma raison ne peut s'imaginer. Dans l'estourdissement qu'excite une surprise, On peut souffrir l'effect d'une grande entreprise; Mais, la considérant d'un esprit plus remis. On destruit, s'il se peut, ce que l'on a permis; Un grand succez produit une grande disgrâce, Et les choses bien-tost prennent une autre face; Le sort est inconstant, et le peuple est trompeur.
Syra.
L'arrest de Syroés me levé cette peur, Et de ses partisans a l'ardeur amortie. Mais, ayant interest d'empescher sa sortie, Si mon repos t'est cher et si de mes bienfaits Tu m'ozes aujourd'huy produire des effets (Comme de cet espoir mon amitié se flatte), Embrasse ma fortune, ô ma chère Hormisdate, Et, dans mes interests entrant aveuglement. D'un glorieux destin fays-toy le fondement.
Hormisdate.
L'amour perd de son prix quand on la sollicite. Si la mienne. Madame, est de quelque mérite, Considerez-la nue, et ne l'intéressez Que par sa pureté; qui vous paroist assez.