‹ Théâtre choisi de J. de Rotrou (volume 2)Chapitre 159 sur 183 · ACTE III, SCENE III. 22Î · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE III. 22Î

Syroés.

Si la loy de l'Estat autrement en dispose!

Syra.

Le roy n'estant point mort, vous n'avez point de droit.

Syroés.

Quitant le nom de roy, c'est à moy qu'il le doit.

Syra.

Il croit servir l'Estat par cette préférence.

Syroés.

L'Estat de l'un et l'autre a fait la différence.

Syra.

Appelés-vous l'Estat Pharnace et Paimyras?

Quand on m'a voulu perdre, ils m'ont tendu les bras.

Et donné les conseils dont ils vous empoisonnent.

Syroés.

Il ne me prend point mal des advis qu'ils me donnent.

Palmyras.

Syre, l'ordre n'est point de tant parlementer Avec des criminels qu'on prescrit d'arrester.

Syra.

Criminels, insolent?

Palmyras.

Les injures, Madame, Sont, dans le desespoir, les armes d'une femme, Et nous font moins de mal que de compassion. Sardarigue, achevez vostre commission.

Syra, à Sardarigue.

Allons, délivre-moy de ces objets funestes. Ces horreurs de mes yeux, ces odieuses pestes ; N'importe où je les fuye, ils me sont plus affreux

224 COSROES.

Que le plus noir cachot qui m'esloignera d'eux. Allons.

(Sardarigue l'emmeine avec les Gardes.) Syroés.

Mon règne naist sous de tristes auspices, Si je luy doibs d'abord du sang et des supplices.

Palmyras.

D'un trosne où l'on se veut establir seurement Le sang des ennemys est le vray fondement; Il faut de son pouvoir d'abord monstrer des marques, Et la pitié n'est pas la vertu des monarques; Du droict qu'on vous ravit tout le camp est jaloux; Les voix nommant son fils, tous les cœurs sont pour vous: Il faut vaincre ou périr en ce fameux divorce, Héritier de Cyrus, héritier de sa force. Qui rendit ce grand roi si craint et si puissant, Que les fameux proscripts de son règne naissant ? Chaque chef des cartiers vous répond de la ville ; Pharnace et Vayacés traictent avec Emilie; J'ay mis en liberté les prisonniers romains; Tout est calme au palais, la reyne est en vos mains; Peu de chose vous reste, et l'arrest de deux testes Met la vostre à couvert de toutes ces tempestes; Leur perte vous conserve, et c'est à cet effort Qu'il vous faut esprouver, et qu'il faut estre fort; Qu'il faut, d'une vigueur masle et plus que commune, Ayder les changemens qu'entreprend la fortune.

Syroés.

J'aurois d'autres rigueurs pour d'autres ennemis, Mais je sents, quoy que roy, que je suis encor fils.

Palmyras.

D'un père qui pour vous ne sent plus qu'il est père,

ACT E m, SCENE III. 225

Qui ne recognoist plus de fils que voslre frère, Et, pour vous en frustrer, l'admet en vos Estais.

Syroés.

La raison est pour moy, mais le sang ne l'est pas. ■Quelle fatalité de devoir par un crime Me conserver un droict qui m'est si légitime! Mais ces raisonnemens enfin sont superflus. Je me plains seulement, et ne consulte plus. Je regrette d'un père ou la perte ou la fuitte, Mais ce regret n'en peut empescher la poursuitte. Hors du trosne, mes jours n'ont plus de seureté, Tout mon salut consiste en mon autorité; Au lieu qu'avant l'affront que ce mespris me livre, Je vivois pour régner, il faut régner pour vivre; Et je ne puis parer que le sceptre à la main Les redoutables traits de mon sort inhumain. Revoyez les quartiers, et soignez que la ville, Dans ce grand changement, nous soit un seur azile.

Palmyras.

Vous armant de vertu, tout succédera bien.

Asseurez-vous des chefs, et ne négligez rien. Cependant que je dompte un reste de foiblesse Qui dans mon cœur encor souffre quelque tendresse.

{Palmyras sort.) Syroés, seul, continue.

Que tu m'aurois, ô sort! dans un rang plus obscur, Fait gouster un repos bien plus calme et plus pur! Les pointes des brillants qui parent les couronnes Figurent bien, cruel, les soins que tu nous donnes, Et ce vain ornement marque bien la rigueur

326 COSROES.

Des poignantes douleurs qui nous percent le cœur; Celle qu'on veut m'oster à peine est sur ma teste; Mais, dieux ! à quel combat faut-il que je m'appreste !

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