‹ Théâtre choisi de J. de Rotrou (volume 2)Chapitre 23 sur 183 · D. BERNARD, LE COMTE, D. LOPE, LAZARILLE · texte numérisé non relu

D. BERNARD, LE COMTE, D. LOPE, LAZARILLE

D. Bernard, (mbrassant D. Lopc.

Plust au Ciel, cher de Lune, et je le dis sans feinte, Que le sort qui vous livre une si rude atteinte, Et contre qui pour vous touts mes souhaits sont vains, Suivist son inconstance et nous changeast de mains. La disgrâce du roy me seroil moins sensible Que le mespris qu'il fait de ce bras invincible. Qui seul dans la Sardaigne a restably ses loix. Et dont un sceptre seul peut payer les exploits.

D. LopE.

Vostre heur, parfait amy, vous dure autant d'années Que m'ont duré d'instants mes tristes destinées; Le roy, vous déposant les charges de l'Estat, Me fait justice en vous, et ne m'est plus ingrat; Quoy qu'une même main vous esleve et m'abaisse,

Le rebut m'en est doux, puis qu'elle vous caresse,

Et la moitié de moy, qu'elle laisse si bas,

Eclatte en la moitié qui régit ses Estais;

Vivez donc, d'Arragon et l'amour et la gloire.

Des plus chers favoris effacez la mémoire;

Qu'aucun soin ne vous trouble en vos emplois nouveaux.

Et, souverain des mers, donnez des freins aux eaux;

Tandis que, de fortune éprouvant l'autre face,

Chetif et triste object d'opprobre et de disgrâce,

Je gousteray chez moy pour le moins le bonheur

De sçavoir mon amy dans ce haut rang d'honneur,

Et pouvoir opposer à sa rigueur extrême

Le bien qu'elle me fait en un autre moy-mesme.

D. Bernard.

Avec plus d'espérance épargnez ma douleur, Et croyez que je tiens à sensible malheur De pouvoir opposer à sa faveur extrême Le mal qu'elle me fait en un autre moy-mesme.

Le Comte.

Il est vray que jamais vertu n'avoit produit De si fameux succès avec si peu de fruict, Et que, d'un art sçavant et d'un pinceau fidelle, Dom Bernard en a fait la peinture si belle Qu'enfin, sans vous flatter, il faut qu'à ce récit Quelque grand soin du prince ait diverti l'esprit , Pour en avoir laissé la gloire sans seconde Si stérile pour vous et pour luy si féconde.

D. Lope.

Le favorable accès qu'elle a dans vos esprits Me la rend trop fertile et m'est un prix sans prix.

D. Bernard.

Nous rêverons le roy, la prière obstinée

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