ACTE III, SCENE V
Le Secrétaire, écrivant.
« Exercent sur les âmes. »
Le Roy.
Mais que fait là Perés? Il sçait ma passion, Et s'acquitte si mal de sa commission?
Différant sa réponse, il prolonge mes peines; Qu'écrit-il? Approchons.
Le Secrétaire, écrivant.
(( Des testes souveraines. »
Le Roy.
M'ourdit-il quelque trame, et sa fidélité Se relascheroit-elle à quelque fausseté ? Le Secrétaire, écrivant.
« Mais, belle Leonor, si mon amour extrême... »
Le Roy.
Dans un propos d'amour mesler l'objet que j'aime!
Le Secrétaire, écrivant.
« Et les fers glorieux... m
Le Roy.
A celle que je sers Parler insolemment et de feux et de fers!
Le Secrétaire, écrivant.
« L'éclat... »
Le Roy.
Oseroit-il, sçachant que je l'adore, Prétendre, l'arrogant, aux faveurs que j'implore? Auroit-il l'insolence et la témérité De former un dessein...
Le Secrétaire.
« Et par sa pureté. » Le Roy, entrant dans le cabinet.
Maisen puis-je estre en doute et si long-temps attendre ?
5o DOM BERNARD DE CABRERE.
Le Secrétaire, écrivant.
« Je prétends... »
Le Roy, luy arrachant l'écrit.
Voyons, traistre, à quoy tu peux prétendre. Le Secrétaire , surpris.
A rien, Sire, j'écry...
Le Roy.
Donne-moy cet écrit.
Le Secrétaire.
Dieux !
Le Roy.
Que dois-je inférer de ce trouble d'esprit? Perfide ! quelle foy veux-tu que j'en présume?
Le Secrétaire.
J'écrivois sans dessein que d'éprouver ma plume. Le Roy Ut.
« Je ne demande pas, [vive] source de fiâmes, « Que vous me permettiez une nécessité ; M Le pouvoir que vos yeux exercent sur les âmes « Doit répondre pour moy de ma captivité.
« Je sçay bien que mon rang deshonore vos chaisnes, « Et que vostre beau joug, aux libertez fatal, " Semble, faisant ployer des testes souveraines, « Tomber indignement sur le col d'un vassal.
« Mais, belle Leonor, si mon amour extrême « Et les fers glorieux où je suis arresté « Ne brillent par i'édat que jette un diadème, « Ils brillent par ma flamme et par sa pureté. « L'hymen où je prétends... »
Le Roy continue.
Et cette audace, traistre...