‹ Théâtre choisi de J. de Rotrou (volume 2)Chapitre 63 sur 183 · EPISTRE · texte numérisé non relu

EPISTRE

grandes actions de ces grands homnaes à qui vous avez succédé font presque toute la beauté de nosire histoire, et que l'antiquité grecque et romaine n'a rien veu de plus mémorable que ce que les derniers siècles ont veu faire au grand Daguerre, père de l'une de vos ayeules, et au glorieux connestable de l'Esdiguierre, vostre bisa}'eu!, dont le premier sortit victorieux de ce fameux duel qu'un de nos rois luy permit à Sedan, oii son ennemi combatloit avec tant d'avantage , et le second feit sa renommée si célèbre par les batailles de Pontcharra et de Salbertran , et servit la couronne par de si judicieux conseils et de si prodigieux succès qu'il en mérita les premières charges. Il fut suivy de l'indomptable mareschal de Crequy, vostre ayeul, qui signala par une infinité de preuves la passion qu'il avoit pour son prince, et par un illustre et double combat, que la postérité n'oubliera jamais, celle qu'il avoit pour sa gloire. La volée de canon qui l'emporta dans le glorieux employ qui l'occupoit en Italie fait encor aujourd'huy voler son nom aussi loin que le bruit des actions héroïques peut aller; et sa vertu se continua en celle de monsieur de Canaples, vostre père, dont la vie et la mort représentèrent dignement celles de ses devanciers. Il est impossible de comprendre dans la juste estenduë d'une lettre la mémoire de tant de héros, et je laisse à l'histoire les panégyriques des fameux Pont-Dormys, dont l'un fut frère d'armes de l'incomparable Bayart, et mérita de passer en sa créance pour la valeur mesme ; je diray seulement, Monseigneur, qu'il ne vous suffit pas d'estre riche de la gloire d'autruy, vous ne vous contentez pas des acquisitions qu'on vous a faites, et vous ne vous croiriez pas digne successeur de ces illustres personnes si vous ne leur ressembliez et si vous ne vous deviez la plus belle partie de vostre estime; l'Italie a retrouvé dans le fils la valeur des pères, et le sang que vous cousta l'effort qu'elle feit contre vostre vie fut autant une marque de la frayeur que vous luy feites que du péril où vostre grand cœur vous précipita ; vous avez poussé jusqu'aux bords de la Segre cette ardeur sans mesure qui vous attache si fortement aux interests de vostre maistre, et, partout où vostre courage vous a porté, l'on a si clairement recognu le sang dont vous sortez que

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